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Actualités 2017

JO Paris 2024 : "Made for sharing", le slogan de la colère et de la honte

Mis à jour : 4 Fév 2017

Comment ne pas éprouver un sentiment de colère devant la communication organisée pour le dépôt officiel de la candidature au JO de 2024 ?

Parce que, tel que cela ressort du dossier de presse, du site de la Mairie de Paris et de la relation faite par la presse, le slogan officiel serait en anglais, la version française en étant une simple "déclinaison".

C'est ignorer que selon la Charte olympique, les langues officielles des JO sont le français et l'anglais et qu'en cas de divergence entre le texte français et le texte anglais de la Charte olympique et de tout autre document du CIO, le texte français fait foi sauf disposition expresse écrite contraire. Donc le slogan français "Venez partager" est aussi officiel que la version anglaise.

Mais la seule information que les Français, et probablement la presse internationale, auront retenue, c'est que le slogan est en anglais et seulement en anglais, ce qui était manifestement un des objectifs de la campagne de communication engagée pour l'événement du dépôt officiel de candidature.

On ne peut donc éprouver qu'un sentiment de colère en présence d'une information volontairement biaisée, avec comme objectif le masquage du fait que le slogan en français, la France étant de surcroît le pays d'accueil, existe bel et bien et est tout à fait légitime.

Mais on peut aussi éprouver de la honte face au caractère simpliste, brutal, rudimentaire, misérabiliste, erroné, prétentieux, tendancieux et affligeant de l'argumentaire accompagnant le message.

Dans un commentaire soft encore intelligible, Étienne Thobois, le directeur général de Paris 2024, explique que "Ce slogan doit à la fois montrer notre vision, autour du partage, autour de passions, et aussi parler au plus grand nombre à l'international". Encore faut-il démontrer comment en s'exprimant seulement en anglais on touche plus de monde qu'en s'exprimant en anglais et en français.

Mais dans un mode plus corsé, on a la déclaration du coprésident de Paris-2024, Tony Estanguet, selon laquelle "Les patrons de la candidature ont choisi un slogan en anglais afin de « donner un caractère universel au projet français »".

Il faut maintenant expliquer comment un message seulement en anglais peut être un message universel. Car en s'exprimant en anglais, on s'adresse non pas au monde, mais à une partie du monde, quand il ne s'agit d'un certain monde. Si l'on veut un message universel, il faut choisir les langues officielles de l'ONU (anglais, français, espagnol, russe, arabe, chinois) ou les langues dans lesquelles la Charte olympique prévoit qu'une interprétation doit être systématiquement fournie, soit le français, l'anglais, l'allemand, l'espagnol, le russe et l'arabe. Ce serait la moindre des choses.

Quant à la question de "mieux se faire entendre des membres du comité olympique dont beaucoup ne parlent pas français", c'est une question subsidiaire qui n'a rien à voir avec une action de communication visant le monde entier.

Rappelons que les messages de la RATP dans le métro de Paris sont le plus souvent en six langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien, chinois) et que le site de l'Office de tourisme de Paris est en onze langues. Ce n'est pas seulement par respect pour les étrangers hôtes dans la capitale de la France, mais par utilité pure, "pour mieux se faire comprendre". Qui fait mieux ?

Pour en finir avec la honte, nous voudrions attirer l'attention de la Maire de Paris et des responsables du comité d'organisation, qui n'en ont peut-être pas pleinement conscience, que le message qu'ils ont envoyé aux Français et au monde, c'est aussi, sous couvert de modernité, la honte d'eux-mêmes et de leur pays, ce qui n'est pas le meilleur atout pour être sélectionné.

Nous demandons donc trois choses :

- À la mairie de Paris, de corriger la rédaction de son communiqué de presse relatif à la candidature française.

- Au comité d'organisation de JO Paris 2024 d'affiner sa communication en évitant les poncifs sur l'universalité de l'anglais, qui n'est que la langue internationale la plus répandue.

- À la Mairie de Paris et au comité d'organisation des JO Paris 2024, dans leur communication future, jusqu'à l'attribution, et si Paris gagne, pendant la préparation et pendant les JO eux-mêmes, qu'ils considèrent que devant les écrans de télévision et d'ordinateurs il n'y a pas que des gens comprenant l'anglais, que le monde d'aujourd'hui n'est pas anglophone, mais plurilingue, comme il n'a jamais cessé de l'être à travers les siècles.

Espérons que nos amis italiens et tchèques ne seront pas tombés dans les mêmes travers. Mais rien n'est moins sûr.

L'OEP

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