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Seillière apôtre de la langue unique, en Conseil Européen !

Last Updated: 3 May 2006
Seillière apôtre de la langue unique, en Conseil Européen! Une dépêche de l'agence Reuters 23 Mars 2006 REUTERS FRANCE
Seillière en anglais dans le texte fait bondir Chirac
par Laure Bretton
BRUXELLES (Reuters) - Jacques Chirac a quitté la salle du Conseil européen de Bruxelles pour ne pas écouter l'intervention devant le Conseil européen d'Ernest-Antoine Seillière, qui avait tenu à s'exprimer en anglais, "la langue de l'entreprise", apprend-on auprès de la délégation française.
Au début du discours de l'ancien président du Medef français, le chef de l'Etat s'est levé avec les ministres de l'Economie et des Affaires étrangères, Thierry Breton et Philippe Douste-Blazy, a-t-on précisé de même source.
Aujourd'hui président de l'Union des industries de la Communauté européenne (UNICE), Ernest-Antoine Seillière s'exprimait au début d'une réunion du Conseil européen avec les partenaires sociaux, une nouveauté des sommets de printemps.
Jacques Chirac, qui est revenu après le discours de l'ancien président du Medef, avait pourtant échappé à un autre discours par un autre citoyen français dans la langue de Shakespeare.
Contrairement à son habitude, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a en effet prononcé son allocution en français, sans doute pour éviter d'être boycotté comme il l'avait été l'an dernier par des députés français qui avaient quitté = l'hémicycle en signe de désapprobation.
Le geste de Jacques Chirac lui aura aussi permis de ne pas entendre un discours qui n'avait rien pour lui plaire.
RAPIDE DÉRIVE DU FRANÇAIS
Seillière s'est livré devant les dirigeants européens à une attaque en règle contre le "patriotisme économique" prôné par le gouvernement français pour justifier le mariage entre Suez et Gaz de France, une tentative pour contrer une éventuelle offre hostile de rachat du l'Italien Enel sur Suez. Pour le "patron des patrons européens", ce type de réaction de "nationalisme" pourrait avoir un "effet domino négatif".
L'anglais, le français et l'allemand sont les langues de travail de l'Union pour les documents et les réunions techniques, mais 13 idiomes ont le statut de langue officielle avec interprétation simultanée et traduction au Parlement, à la Commission et au Conseil européen.
La France mène depuis des années une campagne pour éviter l'érosion de l'utilisation de sa langue dans l'Union, qui cède chaque jour plus de terrain devant l'anglais, le phénomène s'étant encore accéléré depuis l'adhésion des pays de l'Est.
Les documents de travail sont presque tous rédigés et négociés en anglais, tout comme les communiqués de presse, avant d'être traduits, parfois avec plusieurs jours de retard.
La France tente d'enrayer le mouvement, notamment en offrant gratuitement des cours de langue de l'Alliance française pour les milliers de diplomates, de fonctionnaires et de journalistes européens qui débarquent à Bruxelles.
Cette situation contraste avec la position enviable du français il y a à peine dix ans encore, avant l'adhésion de l'Autriche, de la Suède et de la Finlande en 1995.
Jusque-là, la langue de Voltaire était par exemple la seule autorisée dans la salle de presse de la Commission européenne, et les journalistes anglais étaient obligés de poser en français leurs questions à un porte-parole irlandais, qui ne pouvait en retour leur répondre qu'en français.
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