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Plurilinguisme et créativité scientifique (collection Plurilinguisme, 2016-2, coord. P. Frath et J. C. Herreras, 148 p.)

Zuletzt aktualisiert: 13 Jan 2018

Ce livre de la collection Plurilinguisme est consacré à la question du lien entre “ Plurilinguisme et créativité scientifique ”. Il publie une sélection des interventions à la journée d’étude sur ce thème organisée en octobre 2013 par le Pôle recherche de l’OEP et le Séminaire Politiques linguistiques en Europe de l’Université Paris Diderot, ainsi que quelques articles d’autres chercheurs.

A la différence des langues de service, destinées à circonscrire, avec la plus grande précision possible, des représentations limitées du réel, les langues de culture embrassent la totalité de l’expérience humaine. Universelles, elles disposent chacune des ressources sémantiques nécessaires au développement de nouvelles formes du savoir. Ainsi quand un germanophone étudie la physique en allemand ou qu’un francophone s’initie aux mathématiques en français, ils maintiennent, tout en utilisant le langage technique de leurs disciplines respectives, le contact avec leurs langues maternelles, dont la richesse lexicale et la puissance métaphorique stimulent la créativité intellectuelle et favorisent l’élaboration d’hypothèses inédites. En ouvrant la recherche spécialisée à d’autres domaines d’expérience, les langues historiques jouent un rôle essentiel dans le progrès des connaissances. Or l’anglicisation des formations universitaires en cours en ce moment dans toute l’Europe conduit à assécher cette créativité. On enseignera dans une langue de service, l’anglais international, des sciences coupées des langues et des cultures qui leur ont donné naissance, en consignant des états figés du savoir, des résultats simplifiés, des recettes à appliquer, qui pourront certes demeurer opérationnels au niveau technique, mais perdront fatalement leur puissance créative.

A l’heure où les universités européennes sont en train de basculer vers l’enseignement en anglais, il convient de s’interroger sur l’héritage que nous allons laisser aux jeunes générations et de dénoncer les impasses dans lesquelles nous risquons de les enfermer.
C’est à ce bilan que ce numéro des Cahiers de l’OEP entend contribuer. Il est particulièrement intéressant en ce qu’il comprend les contributions d’un mathématicien, Laurent Lafforgue, et de chercheurs dans les sciences de la nature, les physiciens Jean-Marc Lévy-Leblond et Marc Zito et le biologiste Philippe Régnier. Les sciences humaines ne sont pas en reste : José Carlos Herreras s’interroge sur le bien-fondé de la politique linguistique de la France et, en particulier, sur la politique des langues au sein du système éducatif ; Pierre Frath analyse les causes anthropologiques de l’anglicisation de la société et de l’université ; Panagiotis Krimpas rappelle l’importance du grec dans la terminologie scientifique ; et Philippe Blanchet évoque le rôle du plurilinguisme dans l’innovation en sciences humaines et sociales.
Ce thème est ainsi abordé de manière interdisciplinaire par des chercheurs appartenant à des catégories de la recherche habituellement sans contact. Cette rencontre fructueuse entre les sciences de la nature et les sciences humaines montre que le rapport entre les langues et la créativité concerne l’ensemble de la production des connaissances, et que l’inquiétude grandit. Il serait bon que les universités et les centres de recherche tiennent compte de ces analyses dans l’élaboration de leurs politiques linguistiques.

Pierre Frath et José Carlos Herreras