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La francophonie

Bazar dans la francophonie

Mis à jour : 3 Avr 2007

Bazar, souk, tempête, tourmente, maëlstrom, foutoir, capharnaum, tourbillon, bric-à-brac, méli-mélo, les mots ne manquent pas pour qualifier la situation créée au sein du monde francophone par cette lettre ouverte, déclaration ou manifeste que constitue ce texte étonnant publié par quarante-quatre écrivains francophones pour une littérature-monde en français dans Le Monde du 16 mars 2007.

Nous avons écarté maëlstrom, foutoir, capharnaum, tourbillon, en raison de leur caractère excessif et leur connotation peu positive.  Nous écartons tempête également, à moins qu'il ne s'agisse de tempête dans un vers d'eau. Nous avons hésité entre bazar, souk et bric-à-brac. Mias, nous avons également écarté ce dernier, car on ne peut pas dire "mettre le bric-à-brac" tandis que l'on peut dire "mettre le bazar". Comme c'est ce que fait ce manifeste, allons pour bazar. De plus "bazar", d'origine persane, a ceci de sympathique qu'un bazar est fait de bric et de broc, mais que l'on peut y trouver des perles.

Côté bric-à-brac, il y a le fait de faire passer la francophonie pour ce qu'elle n'est pas : une invention française qui ne serait qu'un rêve postcolonial.

Commettre une telle erreur n'est probablement pas innocent. Peu importe la vérité, l'important c'est qu'on en parle et vu d'un point de vue médiatique, il est plus intéressant de raconter n'importe quoi que de s'en tenir à une vérité qui ne soulève pas les foules. On peut quand même se demander si tous les signataires de ce papier ont bien lu ce qu'ils signaient, ou même s'ils l'ont réellement signé.

Pour ceux qui manqueraient d'information sur le sujet, on peut conseiller quelques lectures récentes, telles que Les carnet d'un francophone de Jean-Marie BorzeixDemain la francophonie de Dominique Wolton ou pour remonter un plus loin dans le temps Les mots de la francophonie de Loïc Depecker préfacé  par Alain Rey.

Bravo donc à Alexandre Ajar , de rappeler ce que nous savons depuis toujours, que la langue française n'appartient pas à la France,  que la France n'a pas non plus inventé la francophonie, et que la francophonie pour ceux qui ont porté ce projet et qui le portent aujourd'hui est une grande idée fondée sur le dialogue interculturel et elle est une réalité.

Une France d'ailleurs inconsciente, inconstante, oublieuse, ingrate même, sourde et aveugle à certains égards, qui a vraiment un problème avec elle-même et avec le monde pour si peu croire en elle-même, dans la langue française, dans la francophonie et dans l'Europe aussi, l'un n'allant pas sans l'autre (c'est un point de vue). C'est ce que d'une certaine manière Abdou Diouf , en sa qualité de secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie (avec un "F" majuscule) explique avec une certaine amertume dans Le Monde du 20 mars, et de remettre les choses à leur place en ce qui concerne le manifeste des 44.

Côté perles, c'est simplement l'existence d'un littérature francophone qui n'a pas besoin pour exister de s'appeler "littérature-monde en français", encore une idée marketing comme "world music", alors que cette littérature définit tout simplement la francophonie (avec un "f" minuscule").  Elle existe et s'affirme comme telle. C'est cela l'événement historique.

Merci enfin à Alan Riding pour le New York Times, de nous révéler que contre l'anglais triomphant, la bataille est perdue par le français bien sûr, mais aussi, cela va sans dire, par l'allemand, l'espagnol, l'italien, le russe, l'arabe, le chinois etc. et de nous apprendre que pour faire connaître la culture française dans le monde anglophone, rien ne vaut la traduction, ce qui est une vraie découverte. Il est vrai que nos amis anglophones ayant la particularité, c'est même une vraie spécificité que les français, donc les francophones de France, partagent jusqu'à un certain point avec eux, c'est qu'ils sont dans leur très grande majorité monolingues, au contraire des francophones de francophonie et non de l'hexagone.

A propos, c'est Alan Riding qui parle de "la Guerre de Cent Ans". Le problème ne serait-ils pas du côté du monde anglophone et de son incapacité à appréhender la diversité culturelle autrement que dans l'aire anglophone. Diversité culturelle, oui peut-être, mais diversité linguistique, pas sûr. La francophonie dérange...

 Muriel Barbery, Tahar Ben Jelloun, Alain Borer, Roland Brival, Maryse Condé, Didier Daeninckx, Ananda Devi, Alain Dugrand, Edouard Glissant, Jacques Godbout, Nancy Huston, Koffi Kwahulé, Dany Laferrière, Gilles Lapouge, Jean-Marie Laclavetine, Michel Layaz, Michel Le Bris, JMG Le Clézio, Yvon Le Men, Amin Maalouf, Alain Mabanckou, Anna Moï, Wajdi Mouawad, Nimrod, Wilfried N'Sondé, Esther Orner, Erik Orsenna, Benoît Peeters, Patrick Rambaud, Gisèle Pineau, Jean-Claude Pirotte, Grégoire Polet, Patrick Raynal, Jean-Luc V. Raharimanana, Jean Rouaud, Boualem Sansal, Dai Sitje, Brina Svit, Lyonel Trouillot, Anne Vallaeys, Jean Vautrin, André Velter, Gary Victor, Abdourahman A. Waberi.

us tard, on dira peut-être que ce fut un moment historique : le Goncourt, le Grand Prix du roman de l'Académie française, le Renaudot, le Femina, le Goncourt des lycéens, décernés le même automne à des écrivains d'outre-France. Simple hasard d'une rentrée éditoriale concentrant par exception les talents venus de la « périphérie », simple détour vagabond avant que le fleuve revienne dans son lit ? Nous pensons, au contraire : révolution copernicienne. Copernicienne, parce qu'elle révèle ce que le milieu littéraire savait déjà sans l'admettre : le centre, ce point depuis lequel était supposée rayonner une littérature franco-française, n'est plus le centre. Le centre jusqu'ici, même si de moins en moins, avait eu cette capacité d'absorption qui contraignait les auteurs venus d'ailleurs à se dépouiller de leurs bagages avant de se fondre dans le creuset de la langue et de son histoire nationale : le centre, nous disent les prix d'automne, est désormais partout, aux quatre coins du monde. Fin de la francophonie. Et naissance d'une littérature-monde en français. Accéder à la suite

Expliquer l'eau par l'eau

Article publié le 30 Mars 2007
Par Alexandre Najjar
Source : LE MONDE DES LIVRES
Taille de l'article : 807 mots

Extrait : Le manifeste « Pour une littérature-monde en français », publié dans « Le Monde des livres » du 15 mars, est affligeant à un double titre : il constitue d'abord un « sabordage » de la part d'écrivains francophones qui, au lieu de brandir l'étendard de la francophonie, célébrée lors du dernier Salon du livre et défendue avec ardeur par des millions de personnes, tentent de la « ringardiser » et sèment le doute dans les esprits, alors même que la plupart d'entre eux font partie d'institutions francophones ou de jurys de prix francophones...

La francophonie, une réalité oubliée

Article publié le 20 Mars 2007
Par Abdou Diouf
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 774 mots

Extrait : Les Français doivent faire l'effort de se penser dans un ensemble linguistique dynamique et créateur de diversité culturelle. A la tête de l'organisation de la francophonie depuis quatre ans, je ne parviens toujours pas à m'expliquer, ni à expliquer aux francophones militants qui vivent sur d'autres rivages, le désamour des Français pour la francophonie. Désamour, désintérêt, méconnaissance ? Il est vrai que les médias français, légitimement préoccupés par les crises qui ébranlent le monde et par la politique européenne, ne trouvent que peu de place à lui consacrer, si ce n'est une fois tous les deux ans, à l'occasion du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, et encore...

IN PARIS, LANGUAGE SPARKS CULTURE WAR
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By Alan Riding
Published: March 31, 2007

PARIS, March 30 -- With French long engaged in a losing battle against English around the world, a new way of fighting back has been proposed by a multinational group of authors who write in French: uncouple the language from France and turn French  literature into "world literature" written in French.

For guardians of the language of Molière, Voltaire and Victor Hugo, this is tantamount to subversion.

But the 44 signatories of a manifesto published in Le Monde this month are in a rebellious mood. They assert that it is time for the French to stop looking down on francophone authors, as foreigners writing in French are known, because these very novelists -- many from former French colonies -- hold the key to energizing French literature.

For this, they say, French must be freed from "its exclusive pact" with France. And, as an example worth following, they point to how literature in English has been enriched by Commonwealth and other non-British writers, among them V. S. Naipaul, Nadine Gordimer, Salman Rushdie, J. M. Coetzee, Kazuo Ishiguro, Ben Okri, Arundhati Roy, Peter Carey and Kiran Desai. 

Still, the timing of this new campaign is not accidental.

Last fall, to the astonishment of France's literary establishment, foreign-born writers won five of the country's seven major book awards, with the coveted Goncourt going to "Les Bienveillantes" ("The Kindly Ones") by the New York-born novelist Jonathan Littell, who also won the Académie Française's prize. Other winners were Alain Mabanckou from Congo, Nancy Huston from Canada and Léonora Miano from Cameroon.

They were not the first francophone writers to win a major French book award. The Moroccan-born Tahar Ben Jelloun, Lebanon's Amin Maalouf and Russia's Andreï Makine have all won Goncourts. Yet the 2006 harvest by non-French writers was the catalyst for the manifesto promoting "littérature-monde."

Some signatories are veteran advocates of such writing, notably Michel Le Bris, the driving force behind the manifesto, who runs the annual festival Étonnants-Voyageurs, or Astonishing Travelers, at Saint Malo in Brittany. Others, like Ms. Huston, Mr. Ben Jelloun and Dai Sijie of China, already enjoy a strong following in France.

But it was no less significant that several prominent French writers, among them Jean Rouaud, Erik Orsenna and J. M. G. Le Clézio, also signed the manifesto. Their endorsement of francophone fiction implied recognition that, since the postwar Nouveau Roman, or New Novel, French literature has cut itself off from the world with its navel-gazing obsession with text over narrative.

"When French literature goes beyond its own borders, it self-destructs because it is only read on the banks of the Seine," noted Mr. Mabanckou, who won last year's Renaudot prize for "Mémoires du Porc-épic" ("Memoirs of a Porcupine"), and who now teaches French literature at the University of California, Los Angeles.

This literary isolation has, in turn, reinforced the prevailing view here that colorful francophone writing set in exotic climes is somehow inferior to more intellectual homegrown fiction. "My novels, written in French and published by Gallimard, are placed in bookshops in the Vietnamese literature section," said Anna Moï, a Vietnamese-born writer who, along with Mr. Mabanckou and Abdourahman A. Waberi of Djibouti, signed the manifesto.

In lobbying for change, these writers say that the first step should be the elimination of the very category of francophone writers.

"The emergence of world literature in French is the death certificate of francophonie," the manifesto states, referring to the traditionally used description of foreign-born speakers of French. "No one speaks francophone, no one writes francophone. Francophonie is the light of a dead star."

Outside the French-speaking world, such a debate might seem perplexing, but here it is serious stuff because few peoples are more identified with their language than the French. They watch over how it is written and spoken; considering it an expression of French power, they are understandably pained to see English as the new lingua franca.

One response to this was the creation of the International Organization of Francophonie as a kind of postcolonial club of French-speaking countries. And while the organization occasionally serves French political and economic interests, it also defends the use of French at the United Nations, where, once again, English is now dominant.

The problem is that even in some former French colonies like Vietnam, Cambodia, Congo and Chad, French has lost ground to the native languages and English. And for this, Abdou Diouf, the organization's secretary general, blames French lack of interest in the francophonie movement, as demonstrated by French condescension toward francophone writing. 

"The French language does not belong only to the French," Mr. Diouf wrote in response to -- and echoing -- the world literature manifesto. "It belongs to all those who have chosen to learn it, to use it, to enrich it with the accents of their culture, their imagination and their talent." But he also lamented the manifesto's effort to bury francophonie.

Nicolas Sarkozy, the conservative candidate in this spring's presidential election, who has made a point in wrapping himself in the French flag, also felt a need to respond. "Francophonie is not dead," he declared in an article in Le Figaro, adding optimistically that the French language's prestige is "intact" and that its "retreat" in the face of English is not inevitable.

 What is clear is that francophonie has now become a politically charged concept, one that politicians like Mr. Sarkozy applaud as a tool for promoting French abroad and others, like the manifesto's signatories, resent as a prescription for devaluing the languagewhen used by non-French writers.

Yet in many ways this is an artificial conflict, because no less than the fiction of Balzac, Zola or Duras, "littérature-monde" by non-French writers carries the French language around the world. And if it can travel beyond the Seine, even when it is translated into English, it still speaks well of French culture.

The problem is that many of these foreign-born French writers do not feel loved in France today. And with several preferring to teach in the United States, Mr. Sarkozy has warned, with no small alarm, that the future of francophonie may lie in the Anglo-Saxon world.

"Francophonie saved by America!" he exclaimed. "Now, that would be too much."

War doesn't determine who's right, just who's left.