Politiques et droits linguistiques - Bibliographie

Les politiques linguistiques européennes et la gestion de la diversité des langues en France

Last Updated: 9 Aug 2019

par Jean-Claude Beacco et Kenza Cherkaoui Messin, EA 2288 : Didactique des langues, des textes et des cultures (DILTEC), Université Paris III

La gestion des relations entre les langues d’un territoire, entre elles et avec les espaces linguistiques contigus ainsi qu’avec les langues nouvellement apportées, est de nature foncièrement politique dans les états-nations modernes : elle relève largement de l’autorité de l’Etat (politique au sens de policy ) mais aussi des entités en compétition pour l’accès aux responsabilités collectives (politique au sens de politics) : partis politiques, associations et groupements de citoyens, familles (où sont prises des décisions relatives au choix des langues à utiliser dans le cercle intime ou à apprendre)… sont les principaux acteurs de ces débats (Spolsky, 2004 : 39-56). Dans les formes étatiques démocratiques, on ne peut légiférer en matière de langue qu’en ce qui concerne la communication entre les citoyens et les administrations publiques (par ex. les contrats de travail, cf. loi nº 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, dite loi Toubon1) et non relativement à la communication entre les personnes. Mais l’institution scolaire (y compris les établissements d’enseignement supérieur) est un puissant instrument politique dans la mesure où elle assure (en parallèle ou en concurrence avec des entreprises privées) des enseignements langagiers de masse. Les choix qui y sont opérés sont déterminants pour la légitimation des variétés linguistiques, selon par exemple qu’elles sont enseignées ou non, et selon les formes d’enseignement adoptées (première langue vivante étrangère enseignée dans le cycle pré-primaire vs langue vivante 3 optionnelle, commencée dans le second cycle du secondaire). Pour examiner les « contacts » entre les langues en France, nous adopterons exclusivement la perspective du status planning2 (telle que spécifiée, en particulier, par S. Haugen dans sa formulation de 1983 (Haugen 1983 : 283), c’est-à-dire les actions explicites destinées à modifier ou à maintenir la hiérarchie des langues et leur prestige (ou absence de prestige) tels qu’ils sont construits par les représentations sociales dominantes correspondantes (Castellotti & Moore, 2002). On cherchera plus particulièrement à caractériser les incidences que peuvent sur avoir eu en France les politiques correspondantes des instances européennes (essentiellement l’Union européenne et le Conseil de l’Europe), tout en soulignant que ces matières relèvent complètement des états membres (principe de subsidiarité dans l’Union européenne) ou sont fondées sur des bases juridiques « faibles ».

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1  La loi nº 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, plus connue sous le nom de  Loi Toubon , du nom du ministre de la Culture à l’époque, portait tant sur le statut de la langue française (pour en renforcer l’usage face à la montée en puissance de l’anglais) que sur le code. C’est ce dernier aspect qui a le plus mobilisé l’opinion à l’époque : la réforme de l’orthographe a suscité des débats importants et été l’occasion d’une levée de boucliers de la part de puristes peu enclins à accepter l’orthographe réformée.

2 Et non dans celle du corpus planning, perspective technique relative à la « matérialité » des langues (par exemple : la graphisation, la grammatisation ou la néologie /création terminologie).