Logo de l'OEP
Logo de l'OEP

Politiques et droits linguistiques

Gordon Brown : la nostalgie de l'Empire


Última actualización: 7 Jul 2008

L'OEP doit des excuses à ses lecteurs. Il a voulu considérer comme inexistant le discours du 17 janvier 2008 de Gordon Brown, premier ministre britannique, The World's language, toujours disponible sur le site du 10 downing Street et en vidéo. Il est des discours que l'on feint d'ignorer, mais que le temps ou les circonstances finit par imposer.

Alors que le temps présent, marqué par le souffle de l'esprit de repentance, remet d'actualité en France le discours fameux de Jules Ferry sur la colonisation du 28 juillet 1885 et le non moins fameux discours en réplique de Georges Clémenceau, comment ne pas être tenté par un parallèle entre le discours de Gordon Brown et celui de Jule Ferry.

Morceaux choisies :

"L'anglais est bien plus qu'une langue : c'est un pont au-dessus des frontières et entre les cultures, une source d'unité dans un monde en changement rapide [.,.], c'est une force pour l'économie, les affaires et le commerce, mais aussi pour le respect et le progrès mutuels. [...].

Au total, 2 milliards de personnes dans le monde apprendront ou enseigneront l'anglais d'ici 2020. Aujourd'hui, 350 millions de personnes parlent l'anglais en Inde et 300 millions en Chine ; il y a plus d'enfants qui apprennent l'anglais dans les écoles chinoises que dans les écoles britanniques.

Je veux que la Grande-Bretagne fasse un nouveau cadeau au monde par l'aide et le soutien à tous ceux qui veulent apprendre l'anglais, en donnant accès dans toutes circonstances aux outils pour son apprentissage ou son enseignement. Pour les dix années à venir, au moins 1 milliard de personnes de plus dans [...] chaque continent auront accès aux ressources, aux matériaux et aux qualifications du Royaume Uni.[...]

Je veux qu'il y ait là un effort mondial des secteurs publics et privés opérant ensemble - avec des animateurs, des compagnies de télécommunications, des éditeurs, des universités et des écoles.[...]

Le British Council, associé aux secteurs public et privé, développera sur le Web l'accès aux matériaux et aux ressources d'enseignement de l'anglais par VOIP (Voice Over Internet Protocol), en utilisant les nouvelles technologies.[...]

En second lieu, pour transformer l'enseignement de l'anglais nous devrons augmenter considérablement le nombre et la qualité de ceux qui l'enseignent. Nous encouragerons le développement d'études à distance. Nous travaillerons avec la BBC et tous les autres animateurs et fournisseurs de formation en anglais pour augmenter les programmes d'études de l'anglais et pour encourager les compagnies commerciales à rendre disponibles les livres, et tout le matériel de CD et de DVD qui en dérivent. [...]

Nous irons encore plus loin pour rendre l'anglais disponible au monde - offres d'invitation des firmes de téléphone, de télécommunications, d'Internet ; d'émission et sites Web propres à rendre disponible le matériel pour l'étude de l'anglais. [...]

Nous ferons de notre langue le langage commun du monde. La langue qui aide le monde à parler, rire et communiquer."

L'impérialisme avance toujours masqué sous les oripeaux du progrès, de la paix, de la liberté et du bonheur.

Ce discours n'échappe pas à la règle.

Dans le discours de Jules Ferry, très marqué par le vocabulaire de l'époque,  il y avait les peuples supérieurs et les peuples inférieurs, et les premiers avaient le devoir, et donc le droit, d'apporter la civilisation aux seconds.

Dans le discours de Georges Brown, par l'anglais, les anglophones, par leur langue, apportent la modernité et vont apprendre au monde à "parler, rire et communiquer".

Nous demandons aux sémioticiens et psychanalistes du monde entier de se pencher sur ce discours et en découvrir les ressorts cachés. Peut-être une telle débauche de moyens n'est-elle pas nécessaire, tant le dessein est limpide, et pourrions-nous seulement proposer en classe de philo de terminale un exercice consistant à comparer les discours de Jules Ferry et de Geogres Brown, avec en perspective celui de Georges Clémenceau.

Certes, direz-vous, la France n'a plus d'empire et la Grande-Bretagne non plus. Mais celle-ci est adossée face à l'Europe au plus gros budget militaire de tous les temps pour la paix du monde et le droit.

C'est aussi la première fois dans l'Histoire que la langue, qui jusqu'à présent a toujours accompagné la puissance, devient un outil direct de domination.

Tout le monde aura noté l'absence de référence à la diversité culturelle et linguistique, à la biodiversité et au développement durable. L'unilatéralisme et la pensée unique sont en effet le corrolaire du monolinguisme prèché par M. Gordon Brown.

Tout le monde aura également observé l'absence de toute référence à l'Europe qui manifestement n'est pas à la hauteur de ce nouvel impérialisme.

Nous n'avons pas attendu l'anglais universel pour "parler, rire et communiquer". Laissez-nous seulement respirer ! 

L'OEP