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Appels à communication 2018

Appel à communications : Oralité et mondialité : la langue dans la littérature française et francophone. État des lieux, enjeux et perspectives

Mis à jour : 11 Jui 2018

Date limite : 15 juillet

Le colloque se tiendra du 11 au 13 février 2019 au Campus du Camp Jacob, Guadeloupe

Les propositions de communication (250 mots, bibliographie non incluse) doivent être envoyées à
laura.cassin@univ-antilles et Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

L’évolution des représentations littéraires peut se lire à l’aune de la vitalité de la langue, de ses vertiges, de ses effractions et des rapports de force entretenus avec d’autres langues. L’histoire de l’imaginaire linguistique français du Moyen-Age à nos jours dresse, anciennes et actuelles, modernes et barbares, langue véhiculaire, langue d’accueil, langue standardisée, langue maternelle, langue vernaculaire.

Sachant se faire tour à tour voix de l’humaniste, parole du voyageur conquérant, du colonisé, de l’immigré, du migrant, le français fertilise la pluralité esthétique et les riches ambigüités et obscurités que l’on dit dans sa langue maternelle interrogent la transmission de l’histoire, du passé et de la culture. A en croire l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, le poète errant Kateb Yacine est entré « dans la gueule du loup » pour écrire Nedjma et les démarches de lecture critique et active de Saint-John Perse, avide de l’évolution d’une poétique moderne, présentent les poèmes du Libanais Georges Schéhadé comme héritiers de Rimbaud « annonçant le monde très dépouillé de la poésie contemporaine de fin de siècle ».

Il s’agira dans ce colloque de repenser ces questions sous le prisme de la représentation de l’oralité, qui suscite depuis quelques années l’intérêt des chercheurs, aussi bien en langue médiévale qu’en français moderne. Comment repenser l’oralité à l’aune de la mondialité ? Comment l’oralité permet-elle au français de faire entrer chaque langue dans le réseau de toutes les autres à travers la littérature ?

Si les similitudes de l’imaginaire langagier démesuré, grotesque et joyeux des romans de Raphaël Confiant et de Rabelais ont déjà été examinées, comme les stratégies de l’oralité vers l’écriture de Marie-Sophie Laborieux, l’héroïne de Chamoiseau ont été mesurées à l’aune de celles des personnages de Rabelais, les mutations culturelles ne modifiant pas les liens entre la langue et la mémoire doivent être analysées. Rabelais, c’est déjà la littérature-monde. Mais au fait, le monde est-il un ? Ne devrait-on pas plutôt parler de littératures-mondes tant la pluralité semble constitutive du concept ? Voyage dans l’espace, et voyage dans le temps : serait-il possible de (re)découvrir dans l’écriture antillaise le Moyen-Age ou le 16e siècle français ?

Edouard Glissant invite à vivre l’aventure d’un monde à la fois multiple et unique et à profiter de l’enrichissement intellectuel, spirituel et sensible que propose la mondialité, cet état de mise en présence des cultures vécu dans le respect du Divers contre toutes les formes de standardisation, appauvrissement et uniformisation.

L’écriture d’Assia Djebar, explorant Histoire et mémoire et traçant une œuvre habitée par des voix étouffées puis ressuscitées grâce à l’écriture, comme celle de Simone Schwarz-Bart ou celle de Gisèle Pineau présente la quête d’une identité féminine établissant un dialogue entre les générations de femmes et se remémorant le passé à l’ombre des aïeules.

Dans Ermite à Paris, Italo Calvino expose comment le dialecte de son enfance, le san remasco, dialecte de San Remo, est très présent dans ses premiers textes, rappelant ainsi les rapports de la parole à l’écriture, les langues de la littérature et l’oralité. Céline enfin, styliste de l’oralité, place cette dernière au cœur de son écriture.

Comment ces écrivains -et tant d’autres- s’y prennent-ils pour faire entendre leur « voix » plus que la langue elle-même ? Quels moyens utilisent-ils et comment conçoivent-ils cette oralité représentée, de façon volontaire ou non ?

Et puis il y a ceux qui entretiennent savamment une forme de bilinguisme littéraire. Vasilis Alexakis, Vladimir Nabokov, Joseph Conrad, Milan Kundera, Jonathan Littell ou Andreï Makine ont choisi d’écrire dans une langue étrangère, une langue d’adoption, le français dans lequel ils insèrent leur langue maternelle. La circulation des mots en liberté prônée par Tahar Ben Jelloun rappelle l’hospitalité des langues, leurs métissages. Ainsi que le rappelle Kamel Daoud, « une langue se boit, se parle et un jour elle vous possède » ; les pays sont jonchés « de mots qui n’appartiennent plus à personne et qu’on aperçoit sur des visages, ou transformés par l’étrange créole que fabrique la colonisation » (Meursault, contre-enquête).

Pour Anna Moï et pour Maryse Condé, le français fut (ainsi ?) le lieu de la rébellion, une arme fourbie par des parents soucieux d’offrir un maronnage littéraire à leurs filles.

Quel regard ces auteurs posent-ils sur le français, quelle est leur perception de cette langue qu’ils ont choisi d’utiliser ? Quel travail effectuent-ils sur le français choisi comme héritage, et comment l’oralité leur permet-elle de créer un nouvel univers ?

Si la problématique de la langue dans la littérature a déjà fait l’objet de publications et de colloques, a été peu évoqué l’impossible choix de la langue qui renouvelle les vocables, les sonorités et la prose, convoque l’oralité et ouvre vers les mondes.

Etudier des œuvres représentatives du contemporain comme du Moyen-Age et de la Renaissance, appréhender le champ d’étude du récit actuel comme du récit passé permettra de saisir les enjeux de l’écriture dans la langue de l’Autre. Afin de penser les grandes évolutions esthétiques et culturelles des formes littéraires narratives actuelles, on pourra aussi s’intéresser à cette forme particulière de discours qu’est la chanson d’expression française, l’art de la mélodie, une pratique du patrimoine qui permet une archéologie de la mémoire. L’influence de l’oralité et de son imaginaire renouvelle également la dramaturgie et le langage théâtral et féconde les possibilités scénographiques.

Ce colloque, organisé par une spécialiste de littérature francophone et une spécialiste de langue française, se propose de réunir des chercheurs en langue et littérature française et francophone pour une rencontre qui prendra soin d’ouvrir sur la langue et sur la littérature.

Seront donc bienvenues des propositions de communication soucieuses d’étudier la langue sous un angle littéraire, poétique, stylistique, sémiotique, dramaturgique ou proprement linguistique.

Langue et littérature, française et francophone réunies, encore et enfin.

Chaque soumission sera évaluée par au moins deux membres du comité scientifique international.

Notification aux participants : 15 octobre 2018

Publication du programme : fin octobre 2018