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Multilinguismes et plurilinguismes - Bibliographie

Plurilinguisme, Europe et francophonie (Compte-rendu)


Ultima modifica: 2 Gen 2007

« Plurilinguisme, Europe et francophonie »

Compte-rendu du déjeuner-débat organisé le 7 décembre 2006 par l'ASEDIFRES, dans le cadre de l'Observatoire Européen du Plurilinguisme

Jean-Marie Borzeix, auteur d'un récent essai Les carnets d'un francophone (ed. Bleu Autour, 2006, 115 p.) se présente modestement comme un amateur de la francophonie, terme que nous comprenons dans un sens positif qui lui permet de nous faire profiter de sa large expérience tout en développant une réflexion authentique et libre en dehors de cadres contraints.
La francophonie l'a toujours accompagné depuis son adolescence, la vie l'ayant amené à la connaître de façon intime en Indochine, en Afrique du Nord et dans les Caraïbes au cours d'une carrière d'enseignant, de journaliste, de directeur littéraire au éditions du Seuil et de directeur de la radio France Culture pendant quinze ans.
Pour lui, la francophonie va de soi, a toujours été de soi (même avant que le mot existe) et la langue française ne se conçoit pas sans la francophonie, c'est-à-dire sans les personnes qui la parlent sur tous les continents.
Jean-Marie Borzeix apprécie les francophones pour deux grandes raisons.
D'abord les francophones - ceux qui vivent hors de France - se distinguent pour la plupart par l'amour et la fierté qu’ils éprouvent à l’égard de leur langue. Cet amour et cette fierté ne sont pas dus au hasard : les francophones sont partout minoritaires dans leurs aires linguistiques et culturelles, sauf en France. La langue qu’ils parlent, ils sont habitués à la défendre. Elle s'identifie à leur existence, à un imaginaire, à une certaine façon de voir le monde et de concevoir la liberté.
La seconde raison est que la plupart des francophones vivant hors de France vivent au contact d’autres langues, beaucoup d’entre eux sont au moins bilingues et souvent plurilingues.
Le sujet de l'intervention étant « Plurilinguisme, Europe et francophonie », il faut s'interroger sur l'interrelation entre ces trois termes et peut-être se poser la question de ce que l'on peut faire de bien en Europe grâce au plurilinguisme.
Auparavant, il faut avoir une vision nuancée et contrastée de la situation du français dans le monde. JMB n’est pas de ceux qui se lamentent sans cesse sur le déclin du français. A ses yeux, notre langue dispose encore d’atouts considérables que lui envient plusieurs autres langues parlées par beaucoup plus de locuteurs.
Il y a des régions du monde où le français se porte plutôt bien. C'est notamment le cas dans les pays anglophones où le français progresse (l’Ouest du Canada et des Etats-Unis, le Nigeria, l’Angola, le Sud Est asiatique, la Nouvelle-Zélande, etc.). Ce qui permet de dire que le français a toutes les chances d'exister dans un siècle, et sans doute bien au-delà.. Ce qui n’est pas le cas de toutes les langues, car nous assistons à la disparition dramatique d’une dizaine de langues chaque année.
Par contre en Europe, la situation est beaucoup moins favorable.
En Europe, la diversité linguistique décroît et la standardisation autour d'un modèle linguistique unique progresse.
L'apprentissage de l'allemand s'est effondré en France, tandis que le français chutait parallèlement en Allemagne. L'italien se classe désormais quant à lui parmi les langues rares.
Au niveau institutionnel européen, les textes qui sont rédigés initialement en français sont tombés à autour de 15 %, les textes en allemand à 6% tandis que ceux en anglais dépassent 70 %.
Evidemment un tel déséquilibre linguistique qui n'est pas représentatif de la réalité de l'Europe - qui est même tout à fait étranger à celle-ci - pose clairement un problème politique et culturel : quelle Europe voulons-nous réellement ?, une Europe standardisée ou une Europe de la diversité culturelle ?
Il n'y a évidemment aucune solution magique. Mais les solutions passent clairement par une sensibilisation à la langue de l’autre et par des stratégies de réciprocité. La diversité et l'équilibre des langues en Europe ne peuvent se construire que sur la base de la réciprocité. C'est en défendant et en faisant dans chaque pays européen la promotion des langues européennes, de toutes ces langues, que l'on pourra défendre et promouvoir sa propre langue. Mais cela suppose que, au moins dans quelques-uns des pays dont l’influence est prédominante, les dirigeants politiques soient convaincus que la diversité linguistique est l’un des grands atouts de l’Europe (et pas un handicap !). Cela suppose donc l’existence d’une volonté politique forte à ce propos. Il faut reconnaître que pour l’heure nous en sommes assez loin…

Questions (sélection)
  • Comment dissuader les parents de choisir massivement l'anglais en première langue si l'anglais dispose d'un privilège à l'entrée dans les établissements d'enseignement supérieur : par exemple l'anglais est obligatoire à l'entrée à Sc. Po ? Question très délicate, car les parents ne sont pas des héros prêts à sacrifier ce qu’ils croient être l’intérêt de leurs enfants… La réponse passe sans doute par notre capacité à créer du désir à l’égard d’autres langues et d’autres cultures que l’anglo-saxonne. JMB soutient que l’anglais ne devrait pas être enseigné comme première langue. Peut-être ne devrait-il pas être enseigné du tout comme « langue de service », celle-ci s’imposant d’elle-même auprès des plus jeunes comme une sorte d’évidence sociale.
  • Bien enseigner et bien manier une langue, maternelle, nationale ou officielle est une condition pour apprendre les autres langues. Là-dessus, il n’y a pas la moindre hésitation à avoir : tout commence par là. Et il y a beaucoup de terrain à reconquérir. Rien n’est pire qu’un plurilinguisme de façade dissimulant l’incapacité à maîtriser plusieurs langues. C’est ce qui arrive souvent dans des pays comme l’Algérie à cause des déficiences du système scolaire, en arabe comme en français.
  • L'éducation bilingue dès la langue maternelle est fondée sur un travail fondamental sur la langue: ce travail sur la langue permet de doter l'enfant d'une compétence linguistique qui facilite ensuite l'apprentissage d'autres langues.

PS : Nous recommandons très vivement Les Carnets d'un francophone dont la lecture permet d'illustrer de façon agréable et fluide les propos tenus par Jean-Marie Borzeix et les échanges qui ont suivi.