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« Que l’anglais soit la langue de l’entente européenne relève de l’aberration » (Tribune Michel Guérin – Le Monde)


Ultima modifica: 11 Ott 2021

Le philosophe Michel Guérin estime, dans une tribune au « Monde », que l’usage généralisé de l’anglais au sein de la diplomatie européenne relève, à l’heure du Brexit et de l’Aukus, d’un « masochisme politique » qui « laisse sans voix ».

Publié le 09 octobre 2021 à 07h00 - Article réservé aux abonnés

Tribune. Ce n’est pas céder au complotisme, mal d’une époque que l’information affole, que d’interpeller nos représentants français et européens sur leur abdication face à l’usage incontinent de l’anglais, tant dans les travaux de la Commission que dans les séances solennelles du Parlement, pour ne rien dire de la communication de l’Union européenne (UE) à l’extérieur.

Alors que le Royaume-Uni a quitté celle-ci, plus que jamais l’anglais s’impose comme véhicule exclusif des travaux intra-européens, au mépris des statuts, qui prévoient trois langues officielles (l’anglais, le français, l’allemand). Je ne suis certes pas le premier à dénoncer un tel état de fait, qui revêt, dans le contexte d’aujourd’hui, un aspect monstrueux et ubuesque.

Cette situation est d’abord absurde, puisque l’anglais n’est plus la langue maternelle que de 1,5 % des Européens (les Irlandais et les Maltais), pesant moins de 20 députés sur l’ensemble du Parlement (705) ; elle est ensuite intellectuellement déplorable, en ce qu’elle substitue au nuancier de nos langues un monolinguisme rabougri, bien des Européens crucifiant leur discours sur un baragouin « globish » : ce totalitarisme linguistique n’augure rien de bon quant aux résultats issus de délibérations préemptées par la pauvreté lexicale, le préjugé et l’impensé.

La tiédeur amniotique d’un impérialisme soft

Ce n’est pas l’anglais comme tel qui est en cause ; c’est son avatar raccourci, aussi sommaire que bourré de politique. Enfin, et c’est encore plus grave, lorsque Ursula von der Leyen prononce son discours sur l’état de l’Union à Strasbourg en anglais (à plus de 80 %), elle s’adresse de facto aux Américains et aux Anglais, bien plus qu’aux Européens.

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