Logo de l'OEP
Logo de l'OEP

Aventures et mésaventures des langues de France (H. Walter)


Mis à jour : 13 Mar 2009

Article de Brigitte Perucca paru dans Le Monde du 7 mars 2009

Voir l'orginal de l'article sur le site du Monde

Il existe plusieurs manières de (re)découvrir la France. On peut s'offrir un guide gastronomique. Prendre une des routes des vins. Ou, plus austère, suivre les méandres des discussions administrativo-politiques qui président au débat sur les frontières régionales revues et corrigées par la commission Balladur. Henriette Walter propose de tirer un autre fil pour se promener dans l'Hexagone (et même au-delà, puisque la linguiste traite aussi du créole) : celui des langues de France, qui permet de voyager entre les patois.

Ce vocable, définitivement péjoratif depuis que les petits Français se sont vu interdire de parler breton, picard, platt, franco-provençal, catalan, béarnais, etc., à l'école, la linguiste prend soin de le réhabiliter dès les premières pages de l'ouvrage : "Un patois est une langue à part entière, qui se parle dans une aire géographique limitée et qui a connu une évolution légèrement différente de celle des patois voisins. Des patois partageant un ensemble de traits communs constituent un dialecte." et telles qu'elles sont recensées dans le rapport de Bernard Cerquiglini publié en 1999. Si basque et breton ont les honneurs d'un chapitre chacune, les autres idiomes sont regroupés par familles : langues germaniques, langues romanes, langues d'oc et d'oïl. Cette définition posée, le parcours peut commencer parmi les 75 langues "dont le nombre de locuteurs peut varier d'un million (pour les créoles) à quelques dizaines de personnes (par exemple pour le bourguignon-morvandiau)"

Bien que truffé de références savantes, le livre est accessible au plus grand nombre, grâce à la présence de cartes qui montrent les frontières des langues et à des textes courts qui permettent des "entrées" multiples dans le sujet, sur les origines (le mot caboche est emprunté au picard), les toponymes (les désinences en -beuf comme Elbeuf en Seine-Maritime ou en -fleur comme Honfleur dans le Calvados n'ont rien à voir avec la présence d'élevages bovins ou la botanique), les faux amis (plumer en bourguignon signifie éplucher), les prénoms (le diminutif alsacien Hànsi correspond au prénom français Jean ; le Alan breton renvoie au Yves français), etc. Militante des langues régionales, Henriette Walter s'amuse avec les mots et propose au lecteur des "jeux" et des "récréations". Exemple : le mot en francisque rhénan "bombom" désigne-t-il : 1. un bonhomme ; 2. un bonbon ; 3. une petite bombe. Réponse page 91.