Langue et espace (A. Viaut et J. Pailhé)


Mis à jour : 17 Mar 2011

Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, ISBN: 978-2-85892-397-7

La sociolinguistique a longtemps considéré l’espace comme secon- daire, réduit le plus souvent à une aire d’origine des langues et des locuteurs. La géographie n’estimait pas que la langue puisse produire des structures spatiales, en restant à un stade purement descriptif de situations localisées, dans le cadre de la géographie culturelle comme dans celui de la géographie de la population. Le présent ouvrage contri- buera à mesurer le chemin parcouru et la pluridisciplinarité n’est pas ici l’affichage d’une posture de bienséance. Elle découle de la pratique en commun, à travers la diversité disciplinaire, chaque domaine apportant sa part avec une écoute mutuelle.

La faculté des langues à s’abstraire de la contextualisation spatiale paraît relative. Si cette faculté repose sur la liberté du locuteur, ce der- nier échange toujours avec ses semblables. La question de la spatialisation de la communication qui en résulte et de ses limites se pose en termes d’intercompréhension et de possibilités d’usage, d’où la force croissante des grandes langues qui franchissent ces limites plus aisément que les petites. Il n’est, en ce sens, de langue qu’en relation avec un espace délinéé par des limites au-delà desquelles elle ne sert plus aux locuteurs à communiquer efficacement entre eux. La langue s’inscrit dans l’espace par elle-même mais aussi du fait de la volonté expresse de ses locuteurs. Si elle est une marque culturelle significative pour un groupe humain, il se peut qu’elle concerne plus la communauté de ses utilisateurs que son territoire d’appartenance. Elle pourra agir comme un paramètre déterri- torialisé mais, même dans ce cas, le territoire pourra agir à travers son rôle de référence comme pour les langues de diaspora. Enfin, le lien entre la langue et les déclinaisons de l’espace n’est pas toujours direct. aussi bien en liaison avec la notion d’aire qu’avec celle de territoire, dans le cas de modes de vie nomades comme dans celui de l’extension des communi- cations et des déplacements physiques ou virtuels qui en découlent.

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