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Parentologie et dynamique de la langue : « Cheh », l’argot que les enfants ramènent de la cour de récré (Le Monde)


Ultima actualizare: 7 Mar 2021

L’école est un espace de re-création permanente de la langue. Pour maintenir son lexique à jour, notre chroniqueur peut compter sur ses deux agents infiltrés…

Chronique publié par le 7 mars 2020 à 00h59, mis à jour à 14h46 Temps de Lecture 5 min. Article réservé aux abonnés. Image : PHILIPPE DE KEMMETER

Depuis quelques années, lorsque mes deux fils se disputent revient à peu près toujours le même scénario. Quand on leur demande les motifs de cette soudaine échauffourée d’appartement, on a de grande chance d’avoir ce type de réponse : « Ben, il m’a dit cheh ! », avancera l’un, les yeux rougis. Ce à quoi l’autre rétorquera, les mâchoires serrées : « Ben non, gros menteur, c’est toi qui m’as dit cheh ! » Avant de déterminer qui est le premier qui a dit « cheh » (prononcez ché), encore a-t-il fallu découvrir ce que « cheh » voulait dire.

Premier constat : on retrouve cette étrange formule dans de nombreuses chansons de rap, comme le titre Laisse, du groupe PNL : « Laisse (laisse), laisse (laisse), laisse/PNL gère (gère), gère (gère), gère/Ces pots sont verts (verts), verts (verts), verts/Ils ont l’seum, cheh (cheh), cheh (cheh), cheh. » L’expression ne date pas d’hier puisque, en 2009 déjà, le collectif Sexion d’Assaut l’utilisait dans son morceau Tu t’es ficha, pour exprimer l’humiliation publique : « T’as voulu faire le mec qui breake, genre tu gères ! Tu t’es cassé le cou, maintenant, tout le monde crie “cheh !”»

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