Werner Müller-Pelzer, chercheur, nous propose un texte avec le titre: "Du plurilinguisme européen. Considérations sur la convergence herméneutique de différents styles d'européisation. Une approche néo-phénoménologique". Il s'agit de la traduction du titre allemand: "Europäische Mehrsprachigkeit. Über die 'convergence herméneutique' unterschiedlicher Europäisierungsstile. Eine neuphänomenologische Annäherung". Pour la meilleure comréhension de cette réflexion, il est utile de mentionner que l'expression "convergence herméneutique" se réfère à un texte de Gérard Bouchard de 2018 publié à Notre Europe. Institut Jacques Delors: "L’Europe à la recherche des Européens : la voie de l’identité et du mythe." La néo-phenoménologie à laquelle fait référence le titre est la "Neue Phänomenologie", fondée par le philosophe allemand Hermann Schmitz (1928-2021). En France, son oeuvre a connu dernièrement une réception grâce aux traductions de Jean-Louis Georget et Philippe Grosos. Le texte de Müller-Pelzer qui, dans sa réflexion, s'appuie principalement sur la phénoménologie de Schmitz, emprunte à celui-ci une terminologie inhabituelle qui mérite un détour explicatif comme on le trouve dans la traduction de Georget/Grosos: "Brève introduction à la Nouvelle Phénoménologie". Paris: Vrin, 2016, 17-22.
Résumé
Contrairement au plurilinguisme fonctionnel, qui relève de la linguistique et de la sociologie, le plurilinguisme tel qu'il est traité ici se réfère à des expériences subjectives liées à des langues européennes qui nous touchent charnellement et atmosphériquement. Cette différenciation est le résultat d'une réflexion phénoménologique sur l'Europe, qui permet de réfuter les arguments en faveur de l'introduction généralisée de l'anglais mondial et de la pensée quantitative unilatérale. Le nouveau concept de plurilinguisme affectif invalide les arguments des élites de l'UE qui, pour conserver leur pouvoir, sont prêtes à sacrifier les langues européennes développées et les styles d'européanisation qui les entourent. Grâce aux découvertes de la Nouvelle Phénoménologie, il se dessine un terrain d'entente avec le plurilinguisme critique du « Sud global ». Contre la notion idéologique d'« interlocuteur interculturel », l'auteur propose le concept d'« interlocuteur intereuropéen » : ainsi, la prétention mondiale exagérée est abandonnée et remplacée par des implications normatives du type de civilisation européenne. Une esquisse du programme d'échange MONTAIGNE finit par tracer la voie d'une "épigenèse secondaire" en tant qu'Européenne ou Européen, en s'implantant (all. einwachsen) charnellement et atmosphériquement dans une langue européenne inconnue et en s'intégrant (all. sich-einleben) au style d'européanisation correspondant.
L'intégramité du texte est disponible en allemand et en français à ces adresses :