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Sprachenpolitik

Le plurilinguisme est une tradition américaine. Tout comme le rejet qu'il suscite.

Le plurilinguisme est une tradition américaine. Tout comme le rejet qu'il suscite.

Daniel J. Olson / Made by History
13 mars 2024
Pancartes de votes anticipées dans le Queens, N.Y., 2020Lindsey Nicholson—Education Images/Universal Images Group via Getty Images

Lors de la Conférence d'action politique conservatrice (CAPC), alors qu’on aurait pu le croire en campagne électorale, l’ancien président Donald Trump a ajouté une nouvelle nuance à son discours anti-immigration habituel, en sous-entendant que les migrants entrant aux États-Unis parlent des « langues dont personne n’a jamais entendu parler ».

L'implication dans le discours de Trump est que la diversité linguistique est une menace. Cet argument n'est pas nouveau. Alors même que les États-Unis n’ont pas de langue officielle, et que plus de 350 langues y sont parlées, le débat politique sur l’utilisation de langues autres que l’anglais est presque aussi vieux que le pays lui-même.

L’Histoire nous montre que les États-Unis ont été une société plurilingue malgré elle, en poursuivant une assimilation linguistique plutôt que de capitaliser sur sa diversité de langues. Et pourtant, loin d’être mystérieux et dangereux, le plurilinguisme renforce l’économie et bâtit des relations internationales.

Les États-Unis sont une société plurilingue depuis leur indépendance. Sans même compter les centaines de langues indigènes parlées avant l’arrivée des premiers explorateurs européens, plus d’un quart des tout premiers colons n’étaient pas anglophones. De plus, un grand nombre de francophones et d’hispanophones ont rejoint le pays avec l'achat de la Louisiane et le traité de Guadalupe Hidalgo.

Si elles ont été souvent punies pour parler leurs langues maternelles, beaucoup de personnes réduites à l’esclavage et amenées contre leur gré aux États-Unis se sont battues pour les maintenir, et ont créé de nouvelles langues créoles en les mélangeant, participant à la diversité linguistique de la république. Enfin, de nombreuses personnes parlant des langues scandinaves, slaves et romanes sont arrivées lors des vagues successives d’immigration après la Guerre de sécession.

Cependant, le gouvernement américain a toujours eu une relation tendue avec sa population plurilingue. Persuadé que la diversité linguistique était un obstacle à l’unité nationale, l’ancien président Théodore Roosevelt avait écrit, « Nous n’avons de place ici que pour une seule langue, et il s’agit de l’anglais ». Des politiques locales et fédérales ont été menées dans le but d’écraser les langues indigènes et « étrangères », en particulier en temps de conflit national et d’incertitude.

À la suite de la guerre hispano-américaine, l’anglais a été progressivement imposé en tant que langue dominante dans les écoles, à travers tout le territoire de Porto Rico nouvellement acquis. À l’aube de la Première Guerre mondiale, un virement de l’opinion publique a mené à la fermeture des journaux germanophones dans le Midwest et à une chute brutale du nombre d’élèves apprenant l’allemand. Après la Seconde Guerre mondiale, les écoles de langue japonaise à Hawaï ont dû fermer. Partout aux États-Unis et au Canada, les pensionnats autochtones, mis en place pour les enfants natifs, ont imposé l’anglais comme seule langue d’apprentissage. Souvent, les enfants qui osaient parler une autre langue subissaient des châtiments corporels.

L’objectif de ces initiatives était encore et toujours de promouvoir une assimilation culturelle et linguistique, en utilisant la langue comme caractéristique d’unification nationale. Cependant, diaboliser la diversité linguistique plutôt que l’encourager a des conséquences économiques et politiques.

En effet, les pays ouvertement plurilingues ont connu un succès financier, en permettant aux entreprises de signer plus de contrats et permettant à chacun de toucher des salaires plus élevés. Par exemple, la Suisse doit plus de 10% de son PIB à sa société très plurilingue. Les experts pensent que la capacité à mener des affaires dans plusieurs langues, et particulièrement dans des langues autres que l'anglais, permet de bâtir des relations d’affaires réussies, et octroie un très grand avantage compétitif. Au contraire, les experts suggèrent que le Royaume-Uni a perdu 3,5% de son PIB en raison de son manque d'effectifs plurilingues parmi sa population active.

Sur le plan politique, une fondation nationale plurilingue solide aide à créer des relations et des politiques internationales. D’ailleurs, les Nations unies citent le plurilinguisme comme l'une des valeurs fondamentales dans la diplomatie internationale, contribuant à une communication plus « marquante et pleine de sens ».

Ainsi, le manque de diversité linguistique a contribué à certains échecs politiques récents. Par exemple, la Commission des affaires étrangères du Royaume-Uni a reconnu que le manque de russophones dans le Bureau des affaires étrangères était partiellement responsable de son incapacité à prédire les mouvements russes en Ukraine à la suite de l’annexion de la Crimée.

En outre, le risque de la création d'une large méfiance envers la diversité linguistique est un réel danger, car le langage peut être utilisé comme une arme au service de la discrimination et de la rhétorique anti-immigration. Aux États-Unis, des vidéos virales et de nouveaux témoignages montrent le harcèlement envers ceux parlant une autre langue que l’anglais, en des personnes proférant des insultes comme « retourne dans ton pays » ou « parle anglais, t'es aux États-Unis ». Pourtant, l’importance que les personnes accordent à l’anglais varie selon l’orientation politique. Une enquête menée en 2020 par le Pew Research Center montre que les Républicains sont plus susceptibles d’affirmer que l’anglais est primordial pour être « un vrai américain », comparé aux démocrates. C’était d’autant plus vrai chez les ceux affirmant être conservateurs et formant la majorité de la base électorale de Donald Trump, ceux-ci ayant donné une réponse positive à 92%.

Dans son discours, Donald Trump a ajouté une peur de la diversité linguistique à sa rhétorique habituelle anti-immigration, en utilisant les liens perçus entre la langue et la nation pour insinuer une plus grande méfiance envers les communautés immigrantes. En mettant sur le devant de la scène les langues minoritaires dont « personne » n’a jamais entendu parler, Donald Trump a voulu exacerber la méfiance.

Mais de tels avertissements sont le fruit de la peur, et non pas de l’Histoire ou de la réalité. Notre réalité est que les États-Unis sont plurilingues depuis le début. Loin d’être une chose à craindre, le plurilinguisme renforce les États-Unis — sur les plans économique, politique, et culturel — et devrait être cultivé et célébré. Selon les mots de Donald Trump, « les langues viennent dans notre pays », mais c'est une bonne chose.

Daniel J. Olson est professeur de linguistique et d’espagnol à l’université Purdue, et directeur du Purdue Bilingualism Lab.

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Traduction par Chloé Le Bris, stagiaire à l'OEP

Article original : https://time.com/6899172/immigrant-languages-history/