Par Marc Favre d’Échallens - Défense de la langue française
Publié mardi 2 Mars 2010 sur le site de Marianne
L'anglais envahit notre univers tant culturel, diplomatique qu'économique au détriment de la langue de Molière. Mais l'Allemagne est aussi concernée. Dans deux Länder du pays de Goethe, les procédures judiciaires pourront se faire ... en anglais ! Une réforme folle dénoncée par Marc Favre d’Échallens, de Défense de la langue française.
Chez Citroën, les dénominations anglaises foisonnent comme « visiodrive » ou même « DS », sigle légendaire, qui signifie maintenant « Distinctive Series », sans parler de la documentation technique anglicisée. Même le domaine culturel est touché avec le nouveau magazine littéraire français, soutenu par Télérama, qui s’intitule « Books » !
N’oublions pas également les rodomontades du président Sarkozy de faire de la France une nation bilingue, comme son ministre de l’Éducation nationale l’avait annoncé dès 2007(1). En octobre 2009 le Président persévère et déclare, d’ailleurs, que des enseignements fondamentaux du second degré pourraient être dispensés en langues étrangères.
Il faut traduire les terminologies linguistiquement correctes de « bilingue » ou « langues étrangères » par «anglais», ainsi l’anglais est aussi devenu une langue de bois ! L’exclusion linguistique est aussi une désintégration sociale et entrepreuneuriale ; le plus anglophone n’est pas le plus performant. Même, Mme Parisot, présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) pointe (2) l’abus d’anglais dans l’entreprise qui nuit à sa bonne marche.
De l'anglais dans les tribunaux allemands
Les ministres régionaux de la justice des Länder de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et d’Hambourg demandent une modification du code de procédure allemand pour que la langue anglaise puisse être utilisée dans les procédures judiciaires en Allemagne afin que les affaires économiques menées en anglais en Allemagne puissent, en cas de litige, continuées à l’être dans cette langue devant les juridictions commerciales et civiles.
A ce projet sont associés des avocats d’affaires et des juges. Les cabinets d’avocats d’affaires anglo-saxons déjà présents en Allemagne (comme en France) sont, bien évidemment, favorables à ce projet du tout en anglais.
La (fausse) nécessité économique.
L’Allemagne est le pays qui a un excédent commercial colossal et qui vend ses produits au monde entier. Si l’Allemagne vend ses productions, c’est en considération de leur seule qualité, de leur seule renommée et de la vigueur du commerce allemand.
Une langue qui ne sait plus exprimer le monde moderne, l'intelligence, la science, l'avant-garde, l'avenir en somme, est une langue qui disparaît.
N’en déplaise aux promoteurs du « tout-à-l’anglais », la langue n’est pas un vecteur neutre de communication mais l’expression de visions propres du monde.
« I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French...
I will not speak French...
I will not speak French...
Hé ! Ils sont pas bêtes, ces salauds.
Après mille fois, ça commence à pénétrer
Dans n'importe quel esprit.
Ça fait mal; ça fait honte.
(…)
Faut pas qu'ils aient besoin d'écrire ça
Parce qu'il faut pas qu'ils parlent français du tout.
Ça laisse voir qu'on est rien que des Cadiens.
Don't mind us, we're just poor coonasses,
Basse classe, faut cacher ça.
Faut dépasser ça.
Faut parler en anglais
Comme de bons Américains(3). »
Marc Favre d’Échallens est administrateur de Défense de la langue française et secrétaire de l’Académie de la Carpette anglaise.
(1) « Le président de la République m'a donné comme mission de faire de la France une nation bilingue. » (Xavier Darcos, 11/09/2007)
(2) « Or, il y a une chose, je ne sais pas si c’est dit, mais pour moi un des points très importants, c’est la langue. (...) Je préfèrerais par exemple qu’on ait un débat sur la langue, l’utilisation de la langue française, y compris dans l’entreprise où l’abus de l’anglais est, à mon avis, à signaler et à dénoncer. » (CANAL+, 02/12/2009)
(3) Extrait de « Je suis cadien » de Jean Arceneaux, poète louisianais.