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L'avenir des langues - Bibliographie

Grandes et petites langues

Ultima modifica: 9 Set 2008

grandes-et-petites-languesw.jpgGrandes et petites langues. Pour une didactique du plurilinguisme et du pluriculturalisme, ALAO Georges, ARGAUD Evelyne, DERIVRY-PLARD Martine, LECLERCQ Hélène (dir.), éd. Peter Lang, 2008, 315 pages. ISBN 978-3-03911-578-5.

Les 3-5 juillet 2006 s'est tenu en Sorbonne un colloque international, organisé par l'équipe de recherche Pluralité des Langues et des Identités en Didactique : Acquisition, Médiations Jeune Equipe 2502 PLIDAM de l'INALCO qui avait pour titre « Grandes » et « petites » langues : didactique du plurilinguisme et du pluriculturalisme, modèles et expériences. Ce recueil de 315 pages réunit une partie des textes présentés lors de ce colloque.

L'objectif de ce livre est très pratique : définir ce que l'on entend communément par « grandes » et « petites » langues en fonction de sphères géographiques précises, d'histoires nationales plus ou moins mouvementées, de contextes politiques et sociaux favorables ou défavorables selon les époques, repérer des modèles et expériences didactiques du plurilinguisme et pluriculturalisme1 dans des contextes linguistiques, politiques, conjoncturels et éducatifs différents et présenter des expériences didactiques de terrain bien concrètes, permettant de développer des didactiques du plurilinguisme et du pluriculturalisme, le tout sur fond de mondialisation des langues et cultures.

Les langues représentées ici sont très diversifiées, on trouve aussi bien les « grandes » langues comme l'anglais, l'espagnol, le russe, le français que des langues moins présentes et représentées dans notre société globalisée comme le serbe, le yorùbá, le corse, le néerlandais, l'occitan, le malgache, le vietnamien, le roumain, l'égyptien.

Après un avant-propos des quatre éditeurs scientifiques, l'ouvrage s'organise en trois parties : une première partie réunit les interventions concernant les politiques linguistiques, la promotion et la diversité des langues, une deuxième partie les textes sur les représentations des langues et des cultures, le processus de domination et de transferts didactiques, une troisième partie les articles sur les formations et les enseignements/apprentissages face à la diversité des langues. En fin d'ouvrage, on trouve une biographie de chaque auteur, ainsi qu'un résumé de chaque article, et à la fin de chaque article, une bibliographie précise sur le sujet traité.

La première partie réunit les textes de :

George Alao qui travaille sur la promotion du yorùbá en contexte nigérian multilingue et multi-ethnique. Le yorùbá est quasiment inconnu en France, il s'agit pourtant de l'une des « langues majeures » du pays le plus peuplé d'Afrique2, d'où l'importance d'une remise en question des notions de « grandes » et « petites » langues. L'auteur étudie ici les rapports de force entre langues sur le sol nigérian, l'évolution de celles-ci du XIXe siècle à nos jours et les conséquences sur la représentation linguistique dans le système éducatif et social nigérian actuel.

Mila Dragovic-Drouet, traductologue de formation, s'interroge sur les langues parlées par les Serbes de Bosnie-Herzégovine. Les transformations géopolitiques de l'ancienne Yougoslavie ont eu des conséquences sur les politiques linguistiques des nouveaux pays mais également sur la représentation didactiques de ces langues dans les autres pays, notamment dans le système éducatif français.

Marie-Christine Jamet travaille sur l'évolution de la représentation du français, qui du statut historique de « grande » langue de culture est en voie de devenir une « petite » langue dans un monde globalisé. La stratégie est de renverser la vapeur en réintégrant les valeurs pluriculturelles et la dimension internationale intrinsèques à la langue française.

Brigitte Lepez étudie les enjeux de l'enseignement scolaire du néerlandais dans les Flandres françaises. Largement mis en valeur par la Région Nord-Pas-de-Calais et les chambres de commerce transfrontalières pour des raisons économiques et culturelles évidentes, le néerlandais ne trouve pas la place qui devrait être la sienne dans le système éducatif français ; discours et promesses politiques et réalité de terrain ne semblent pas coïncider dans le nord de la France...

Chiara Molinari étudie l'enseignement du FLE face au défi des variations linguistiques dues à une augmentation certaine des flux migratoires et la représentation qu'ont les apprenants de la langue française. Elle présente de nouveaux parcours possibles en FLE.

Christophe Portefin étudie précisément, sur le plan de sa genèse et de ses perspectives, la Convention sur la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles adoptée en 2005 par l'UNESCO. Cette Convention inscrit la culture dans la biodiversité et dans l'écolinguistique, sur fond d'internationalisation des cultures.

La première partie de l'ouvrage s'achève avec le texte de Patchareerat Yanaprasart qui travaille sur le profil langagier au travail à l'ère de la mondialisation. Les contextes géographiques d'étude sont la France, la Suisse et la Thaïlande. L'auteur met en valeur les méthodes de recrutement selon les pays et évoque l'importance de mettre en place de vraies politiques d'enseignement des « langues professionnalisées ».

La deuxième grande partie de l'ouvrage réunit les textes de :

Giovanni Agresti, qui étudie les configurations relationnelles pour une didactique plurilingue et pluriculturelle concernant l'occitan et le français. L'occitan, « langue carrefour des langues romanes », est également présenté ici comme une langue dominée face au français, langue dominante. L'auteur établie également une comparaison entre langues voisines.

Malika Bensekat et Abdelhamid Krideche travaillent sur les représentations culturelles et didactiques du FLE dans les manuels scolaires algériens. Ils établissent un tableau chronologique sur l'évolution des contenus des manuels de 1926 à 2005. On y voit nettement le rôle que jouele manuel scolaire sur l'image de la langue-culture et les pratiques en classe en fonction du contexte politico-historique.

Danh Thành Do-Hurinville étudie les transferts de modèles temporels indo-européens au vietnamien, en tant que démarche pédagogique, il expose des propositions didactiques avec comme support d'étude les systèmes temporels du russe, du français, de l'anglais et du vietnamien.

Mariko Himeta travaille sur les représentations de l'anglais et d'autres langues chez les étudiants japonais. Elle explique l'importance de l'anglais dans la représentation sociale japonaise et présente des tableaux et statistiques précis sur la représentativité linguistique dans le système éducatif japonais ou encore les raisons évoquées par les Japonais face au choix ou au rejet de certaines langues comme l'anglais, le français, l'allemand ou le chinois.

Héba Medhat-Lecocq étudie les expressions à caractère sacré en égyptien dans une démarche interculturelle et ethnographique. Dieu est omniprésent dans le monde et le langage égyptiens, mais de plus en plus les termes Allah, ya Rabb sont utilisés dans des contextes profanes, qui cependant ne peuvent être comparés au my God ! anglais ou au mon Dieu ! français. Une étude très détaillée, exemples à l'appui, révèle une évolution sémantique du sacré vers le superstitieux et permet de détecter la provenance sociale et religieuse des interlocuteurs en fonction des expressions employées.

Javier Suso Lopez travaille sur l'enseignement des langues au XVIIe et XVIIIe siècles et sur les deux méthodes qui ont vu le jour à cette époque, la méthode naturelle et la méthode régulière, introduisant la question de la répétition du bien entendre ou l'apprentissage préalable des règles de grammaire, à la manière de l'apprentissage des « langues mortes ». Ces différentes leçons du passé conduisent l'auteur à privilégier la transversalité didactique.

Monica Vlad étudie le roumain langue maternelle et le français en tant que langue étrangère. Elle en conclut que le contexte géopolitique, ici 1970-2000, exerce une grande influence sur l'apprentissage d'une langue, qu'elle soit maternelle ou étrangère. Et dans certains contextes, ce sont les méthodes d'apprentissage de la langue étrangère (« grande » langue) qui sont reproduites pour l'apprentissage de la langue maternelle (« petite » langue).

La troisième et dernière partie de l'ouvrage commence par le texte de :

Isabelle Aliaga, Teresa Creus, Philippe Mesmin, qui travaillent sur la diversité des langues, en tant que vecteur d'apprentissage. Le plurilinguisme y est ici étudié au niveau de l'école maternelle à partir de travaux réalisés sur la transversalité des langues et une didactique globale, qui permettrait de construire une « nouvelle citoyenneté transnationale » dès le plus jeune âge.

Edith Cognigni étudie la médiation de l'italien dans la (re)construction identitaire de migrantes de l'ex-URSS à partir d'un corpus de récits oraux. Elle en conclut que l'italien, en tant que langue seconde, devient pour ces migrantes une langue de communication préférentielle.

Claude Cortier et Alain Di Meglio travaillent à partir de l'enseignement bilingue corse sur le choix d'une didactique pour les langues minoritaires. Ils mettent en avant la difficile relation de la France avec ses langues régionales, l'Europe et les identités régionales, les rapports nord/sud et l'importance des approches contrastives/comparatives.

Daniel Feldhendler explore la mise en scène de récits biographiques dans une optique de reliance et de médiation transculturelle. Ici les biographies acquièrent un potentiel éducatif, intégré dans des approches méthodologiques alliant travail de groupe, phase d'écriture, travail de reliance, approche dramaturgique des récits de vie, etc. Cette approche privilégie le regard sur le quotidien, l'individuel et le collectif.

Alain Gohard-Radenkovik travaille sur les effets sur les futurs enseignants de langue en situation de mobilité d'un curriculum transdisciplinaire. Il étudie l'impact des expériences de mobilité des étudiants sur leur rapport aux langues et l'effet des cursus transdisciplinaires sur les étudiants en situation de mobilité.

Ma. Soledad Pérez-Legrand étudie les langues indigènes du Mexique et leur enseignement. Après un état des lieux, elle tire des conclusions sur l'enseignement bilingue, les manuels à utiliser, voire à concevoir et élabore des objectifs communicatifs.

Liana Pop étudie les faux-amis au sein des langues romanes, pour ce faire elle a recourt à la diachronie et à certaines histoires de mots, ce qui lui permet de distinguer les barbarismes, les faux-amis lexicaux, les faux-amis sémantiques, les faux-amis morphologiques, les faux-amis syntaxiques, les faux-amis phonétiques des faux-amis pragmatiques. Son étude est également applicable dans le cadre d'une didactique d'intercompréhension.

Paola Puccini étudie l'autobiographie de Marco Micone comme lieu privilégié du renouvellement méthodologique de l'enseignant. Après un développement détaillé sur le défi de l'écrivain et le défi de l'enseignant, elle opte pour un paradigme pluriel de la profession enseignante des langues-cultures.

Velominhanta Ranaivo travaille sur les langues et didactiques en contact et s'engage en faveur de l'altérité comme concept central dans le champ éducatif, sans pour autant négliger l'évaluation de l'expertise didactique.

On l'aura compris, cet ouvrage est d'un grand intérêt, car il a le mérite de présenter une grande diversité de situations, de langues, de pays, d'époques, permettant de tirer des conclusions utiles dans bien des cas, de présenter des situations linguistiques peu connues et donc des approches novatrices en matière de didactiques des langues en général et du plurilinguisme et pluriculturalisme en particulier.

Sans aucun doute, ce recueil fera date dans les bibliographies sur le plurilinguisme et deviendra dans les années à venir l'un des piliers livresques incontournables sur la question du plurilinguisme et du pluriculturalisme. 

Astrid GUILLAUME,
Vice-présidente de l'Observatoire européen du plurilinguisme
Université Paris IV-Sorbonne

Compte-rendu de lecture établi pour le site http://plurilinguisme.europe-avenir.com/ et la Lettre mensuelle électronique de l'Observatoire européen du plurilinguisme diffusée en septembre 2008.

1 Le plurilinguisme et le pluriculturalisme s'entendent ici comme la pratique de plus de deux langues et cultures.

2 Le Nigeria représente à lui seul « 140 millions d'habitants, 36 Etats fédéraux et plus de 250 langues », p.3.