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La langue : porte-parole du Made in Italy

Illustration de Fabio Sironi

L’intérêt pour la langue italienne continue d’augmenter à travers le monde. Pour y répondre de la manière la plus adaptée et complète qui soit, il faut s’engager davantage sur le plan politique et financier.

En 2021, les commémorations pour les 700 ans de la mort de Dante ont donné lieu à des conventions, des conférences et des publications d’ouvrages à son sujet. Sans surprise, cet évènement a aussi été l’occasion de réfléchir sur la langue italienne dont l’illustre poète est le père. Ce surnom, relevant du consensus universel, semble désormais indiscutable. Toutefois, les festivités ont aussi fait resurgir des classements portant sur les langues réalisés ces dernières années. On observe ainsi que l’italien figure parmi les langues les plus étudiées au monde. À l’échelle mondiale, certaines recherches (pour être honnête, pas toutes, mais il est très difficile pour les scientifiques de faire l’unanimité sur ce sujet) montrent que l’italien est la quatrième langue la plus étudiée, après l’anglais, l’espagnol et le chinois, mais avant le français . Attention, tout de même, on ne parle pas ici des langues les plus parlées (dans ce classement, l’italien occupe la 21e place ) mais d’un boom dans l’apprentissage de l’italien avec plus de deux millions d’apprenants chaque année. Cet essor de l’étude de l’italien place son vocabulaire parmi les plus recherchés de ces dernières années. En effet, depuis mi-2010, on assiste à un retour dans la reconnaissance et l’influence de l’italien au niveau mondial, grâce aux efforts des instituts culturels italiens, des comités étrangers de la Società Dante Alighieri et des écoles italiennes à l’étranger. Cela est d’autant plus surprenant que l’italien ne figure pas parmi les langues les plus parlées au monde.

L’italien est une langue séculaire dotée d’un charme mélodieux inégalé. Naturellement, on lui associe l’idée de beauté et de savoir-faire. Dans son entretien avec Pier Luigi Vercesi du 14 avril 2021 (Corriere della Sera), Andrea Riccardi, président de la Dante Alighieri, soulignait que « l’italien n’est pas une langue impériale qui s’impose, c’est une langue qu’il faut choisir ». Et l’amour pour la langue italienne ne se limite pas aux enfants et petits-enfants d’émigrés (évidemment de moins en moins nombreux) qui veulent renouer avec leurs origines, loin de là.

La surprise des années 2010, c’est l’augmentation du nombre d’étrangers qui ont choisi d’apprendre l’italien pour mener une réflexion éclairée sur ce qui constitue l’identité du « Bel Paese » (le « beau pays », comme l’appellent les Italiens). L’objectif est de mieux comprendre en quoi l’Italie représente un art de vivre.

Savoir déchiffrer une langue est peut-être l’une des meilleures façons pour comprendre un pays comme l’Italie qui est l’un des piliers de la culture occidentale. La langue fait partie des outils les plus complets pour appréhender les rouages d’un pays et la beauté qui se cache derrière les mots italiens n’a de cesse de fasciner et de charmer le monde.

Pourtant, la soif de connaissances des plus jeunes étudiants étrangers émane aujourd’hui de leur curiosité quant aux origines du Made in Italy. C’est ce label qui a donné naissance au triangle industriel Turin-Milan-Gênes, puis à plus de 100 districts industriels et il a fait la force des industries créatives italiennes. L’italien, du fait de son histoire, peut fortement influer sur le Made in Italy car il prend racine durant la Renaissance, période de l’innovation par excellence. Il peut donc être une clé de compréhension de cet artisanat italien indissociable des territoires et de ses origines qui remontent aux ateliers médiévaux (et même avant), où les croyances, le savoir-faire, l’esthétisme et le respect entre les individus et envers l’environnement se sont mêlés pour construire un héritage qui a façonné l’Italie d’aujourd’hui. Pour comprendre nombre d’aspects de la société actuelle, il faut s’intéresser aux Lombards, aux Génois, aux Florentins et aux Vénitiens du XIIe au XVe siècle qui ont forgé l’Italie, bien que leur contribution soit souvent méconnue de la plupart des Italiens (mais aussi des intellectuels). Comment parler du Made in Italy sans évoquer l’artisan qui cherche à produire un objet d’excellente qualité, pour sa satisfaction personnelle, et qui est fier de son savoir-faire, fier d’être artisan, de créer par amour du travail bien fait plutôt que pour gagner de l’argent ?

Ainsi la langue se fait-elle le truchement de la créativité italienne de notre époque. Mais elle ne peut remplir ce rôle qu’à condition qu’elle soit enseignée et diffusée, de façon à nous libérer d’une conception quelque peu sépulcrale et poussiéreuse de l’italophonie. Il faut passer d’une italo-nostalgie à une italo-sympathie. Ouvrons les fenêtres, faisons entrer la lumière et donnons un souffle nouveau à la porte-parole du savoir-faire italien : la langue de Dante. Elle peut refléter le savoir-faire italien et exprimer l’idée selon laquelle l’inventivité peut être considérée comme la matière première et le moteur de l’entreprenariat en plein essor. Mais à cela doit s’ajouter un engagement politique et financier plus grand qu’à l’heure actuelle qui doit permettre de faire face à un intérêt accru pour l’italien. Il faut donc que les différents ministères concernés mettent en place un programme d’investissements, non seulement pour multiplier les partenariats commerciaux mais aussi pour que, à l’échelle mondiale, les jeunes consommateurs se rendent compte de la valeur ajoutée des entreprises qui produisent et vendent avant tout un symbole impalpable. Les nouveaux acheteurs étrangers maîtrisant l’italien auront sûrement davantage conscience de la valeur ajoutée intangible qu’il y a derrière la gastronomie et la mode italiennes chargées d’histoire.

Article du 22 mai 2021 écrit par Severino Salvemini, traduit de l'italien par une stagiaire de l'OEP

Source : La lingua ambasciatrice del Made in Italy - Corriere della sera