Les origines, les croyances et l’orientation sexuelle font partie intégrante de l’identité de l’être humain, mais la langue en occupe une place privilégiée. Remettre ce fait en question, comme le fait actuellement le CSU, peut s’avérer dangereux. Les Bavarois devraient justement le savoir.
Les références historiques peuvent être un chef-d’œuvre de rhétorique, mais y revenir trop souvent pourrait engendrer de gros dégâts. Dans sa proposition, le CSU suggère que les immigrés devraient parler allemand non seulement dans les lieux publics mais également chez eux, mobilisant ainsi un électorat qui apprécie d’être en mesure de comprendre ce que les personnes aux alentours disent. Cette mesure fait désormais partie du programme du parti même si le Bureau revient peu à peu sur sa décision car la raison, l’opinion publique et les médias se rebellent. Mais c’est oublier le poids de l’histoire.
En effet, la politique linguistique a une longe histoire funeste car la langue constitue l’identité et toute interférence dans l’identité a toujours été un moyen d’assujettissement : il ne s’est jamais agi seulement de simplifier la bureaucratie en introduisant une langue officielle, ni de protéger la syntaxe et le choix des mots. On ne peut pas sous-estimer l’importance de la langue. Les origines, la croyance et l’orientation sexuelle font partie intégrante de l’identité de l’être humain, mais la langue en occupe une place privilégiée. Les mécanismes d’oppression par la croyance et la sexualité peuvent être encore plus ostensibles. De la persécution des chrétiens lors de l’évangélisation des populations autochtones au cours de la période coloniale à la persécution des personnes de confessions différentes en Chine, en Inde ou en Iran, la religion a toujours été un facteur de division d’une société. La sexualité n’était pas seulement un moyen de pression mais une arme à part entière. Cela allait du mariage forcé des Indiens d’Amérique du sud via la technique des viols collectifs au recrutement desdites épouses de guerre dans les groupes de combats islamistes.
Les humiliations ont souvent duré plusieurs siècles
En comparaison, la politique linguistique a toujours fonctionné de façon plus subtile, pourtant l’objectif était le même : la soumission absolue des « autres », à savoir les personnes colonisées et les immigrés. En pleine conscience de ces « autres », les humiliations ont souvent duré plusieurs siècles. A ce jour, l’anglais et le français sont les deux langues parlées par les colonisateurs en Afrique soit pour perpétuer une politique d’hégémonie sous des dictatures soit pour instaurer une langue commerciale, ce qui était perçu comme un mal nécessaire. Aux Etats-Unis et au Canada, les indigènes continuent de raconter que, jusque dans les années 50, dans les écoles dites « de Blancs », leurs enfants se faisaient laver la bouche au savon s’ils parlaient dans leur propre langue. On relève des exemples plus récents en Europe de l’est au cours des dernières décennies : en Croatie, après la déclaration d’indépendance de 1991, toute trace de serbe a été supprimée de la langue ; en Lettonie et en Lituanie le russe a été proscrit après la dissolution de l’URSS ; en Ukraine, ladite « ukrainisation » des médias et de l’éducation fait partie des point sensibles.
Article traduit par Soraya BOUZNADA