Lima, 21 février 2024 - On estime que 40% des enfants n’ont pas accès à l’éducation dans leur langue maternelle.
Beaucoup se voient marginalisés, voire obligés de renier leur propre patrimoine culturel.
Cette année, la Journée internationale de la langue maternelle se concentre sur l’éducation plurilingue comme pilier de l’apprentissage intergénérationnel.
Implémenter une éducation plurilingue est crucial pour préserver et transmettre les connaissances ancestrales. Au Pérou, où l’on parle 48 langues indigènes depuis la nuit des temps, plus de 4 400 000 personnes continuent d’utiliser ces langues. Bien sûr, la menace de disparition avant la fin du siècle pèse sur 21 de ces langues.
Marible Pacco, garde forestière Quechua du SERNANP ; Junior Metaki, l’étudiant universitaire Matsigenka del Many, et Victorina Guiaco représentante Awajun expliquent l’importance de préserver les langues maternelles. Ces voix représentent la diversité et la richesse des langues originaires du Pérou, tout en soulignant leur importance pour la préservation d’identités culturelles uniques.
L’éducation interculturelle émerge comme un pilier pour construire des sociétés plus inclusives et créer des opportunités d'apprentissage dans différents contextes. En cette Journée internationale de la langue maternelle, nous réaffirmons notre engagement pour la préservation de la diversité linguistique comme partie fondamentale de la richesse du patrimoine péruvien.
Qu’est-ce qu’une langue maternelle, l’éducation en langue maternelle et l’éducation plurilingue ?
Le terme « langue maternelle » est très large, mais sa définition dépend de qui l’utilise et dans quel contexte. La langue maternelle peut faire référence à la langue que chaque individu a appris en premier ; à la langue à laquelle une personne s’identifie ou avec laquelle d’autres personnes l’identifient comme parlant nativement ; à la langue que chaque personne connait le mieux et qu’elle utilise le plus. Certaines personnes peuvent avoir plus d’une langue maternelle. Elles peuvent aussi s'appeler « langue primaire » ou « première langue ».
En conséquence, par éducation en langue maternelle, on comprend généralement que c’est la langue maternelle que les enseignants et enseignantes utilisent comme vecteur de l’instruction dans les salles de classe et dans les autres milieux éducatifs. Cela inclut la langue maternelle en tant que matière ou cours dans un système éducatif bilingue ou plurilingue.
Nous parlons d’éducation bilingue ou plurilingue, nous nous référons à l’utilisation de deux langues ou plus comme moyen d’apprentissage dans les écoles.
Qu’est-ce que l’apprentissage intergénérationnel ?
L’apprentissage intergénérationnel est défini comme le transfert du savoir à travers différents groupes d’âge et différentes générations. La multi-directionnalité de l’apprentissage fait partie intégrante de ce concept : les enfants peuvent apprendre des adultes, les adultes des enfants, les enfants plus petits de leurs grands frères et grandes sœurs mais aussi d’autres membres de la famille. C’est un processus d'apprentissage dans lequel toute la famille apprend ensemble.
L’UNESCO défend l'apprentissage intergénérationnel en tant que partie de l'apprentissage tout au long de la vie d’un point de vue holistique, en avançant trois objectifs principaux : le bien-être des enfants et de leurs familles, l’éducation basique universelle et l’avancée de l’alphabétisation et de l'arithmétique pour tous les jeunes et les adultes.
Sans l’apprentissage intergénérationnel, nous ne pouvons pas atteindre notre engagement d’atteindre l’Objectif du développement durable 4 de garantir une éducation inclusive, équitable et de qualité, ainsi que promouvoir les opportunités d’apprentissage tout au long de la vie et pour tous.
Quelle relation existe entre l’éducation plurilingue et l’apprentissage intergénérationnel ?
Les langues et l’apprentissage intergénérationnel vont main dans la main. Si l’un court le risque de disparaître, l’autre aussi.
La langue que nous parlons définit nos valeurs, nos croyances et nos identités. Grâce à la langue, nos expériences, nos traditions et nos connaissances se transmettent et restent en vie d’une génération à une autre.
La diversité linguistique reflète la richesse de notre imagination et de nos formes de vie et est une partie essentielle du patrimoine immatériel de l’humanité. Mais, à mesure que les langues disparaissent, la diversité linguistique est toujours plus menacée. Le plurilinguisme offre des opportunités cruciales de surmonter les différences, d’engager le dialogue et de soutenir la compréhension et la coopération. Toutefois, le plurilinguisme est aujourd’hui un objectif, et non une réalité tangible.
Pourquoi les langues sont-elles importantes à l’éducation ?
Il est bien connu que le choix d’une langue d’enseignement que les éducateurs comprennent et parlent constitue un facteur déterminant de l’éducation inclusive et équitable, ainsi qu’un élément crucial pour la réalisation de l’Objectif de développement durable 4 de même que l’Agenda mondial de l’éducation 2030. Pour les populations minoritaires en particulier, l’utilisation de leur propre langue comme moyen d’éducation peut faire la différence entre la réussite et l’échec dans l’éducation.
L’UNESCO plaide pour l’utilisation de la langue maternelle dans l’éducation le plus longtemps possible. Il est clairement démontré que les enfants apprennent mieux dans leur langue maternelle. Pour que les effets positifs de l’enseignement et de l’apprentissage pendant les premières années puissent perdurer, la langue maternelle doit être suffisamment développée avant d’entreprendre une quelconque transition vers l’enseignement d’une seconde langue.
Que révèlent les données ?
Les études réalisées par l’UNESCO montrent que, dans les pays à revenu moyen supérieur et à revenu élevé, à la fin de l'école primaire, les enfants qui parlent la langue dans laquelle ils apprennent ont 14% plus de chances de comprendre ce qu’ils lisent que ceux qui apprennent dans une langue qu’ils ne parlent pas chez eux. En France, les enfants qui parlent français dans leur foyer ont 28% plus de chances de comprendre ce qu’ils lisent à la fin de l’école primaire que ceux qui ne le parlent pas. Ce nombre passe à 60% de chances dans des pays comme la République islamique d’Iran, la Slovaquie, l’Afrique du Sud et la Turquie.
À la fin du premier cycle d’éducation secondaire, les adolescents qui parlent leur langue d’enseignement ont 40% plus de chances de comprendre ce qu’ils lisent que ceux qui ne la parlent pas, avec une disparité qui va de 4% au Canada jusqu’à presque 40% en Allemagne et aux Pays-Bas, et plus de 60% en Thaïlande. Les données du tableau de bord pour l’OOD4 de l’UNESCO font clairement apparaître que les adolescents qui n'apprennent pas dans leurs langues maternelles sont toujours plus en retard.
À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle mais aussi tout le temps, l’UNESCO appelle les gouvernements à garantir une éducation plurilingue dans leurs systèmes éducatifs formels et informels afin de parvenir à un apprentissage intergénérationnel et une coexistence harmonieuse et enrichissante de toutes les langues. Ces efforts aideront à promouvoir les ODD et la Décennie internationale des langues indigènes, ainsi que les systèmes de connaissance et les visions du monde qui se transmettent au travers des langues.
Traduction : Jules Laborie-Fulchic
Article original : https://peru.un.org/es/261273-por-qu%C3%A9-la-educaci%C3%B3n-multiling%C3%BCe-es-esencial-para-el-aprendizaje-intergeneracional