Ainsi comment concilier, dans la même écriture, le créole, hanté par la souffrance de l’esclavage, avec le français, promu par l’école d’une République lointaine ? Lourds de représentations, les idiomes s’attirent ou se livrent dans l’ombre une guerre incessante, chacun affirmant subtilement son « génie » à l’exclusion de l’autre. Noémie Auzas, s’appuyant sur la lecture approfondie de Chamoiseau, met au jour un imaginaire des langues jusqu’alors négligé par la critique. Sa réflexion laisse entrevoir, au-delà de la malédiction de Babel, les voix apaisées d’une rédemption linguistique et l’ouverture à une écoute polyphonique des oeuvres.
L’auteur : Née en 1980, agrégée de lettres modernes et docteur ès lettres, Noémie Auzas est spécialiste de littérature francophone ; elle a publié Tierno Monenembo, Une écriture de l’instable, Préface de Jacques Chevrier, L’Harmattan, 2004, et Les Frontières en question (direction avec N. Cohen et S. Scarpa), PUG, 2007, ainsi que de nombreux articles sur la littérature africaine et la littérature antillaise francophones.