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Les règles linguistiques en usage à Berne (Le Temps)

Article de Bernard Wuthrich publié le 20 août 2009 sur LeTemps.ch

Dans la capitale, chacun parle sa langue mais doit comprendre celle de l’autre

A Berne, chacun parle sa propre langue et comprend celle de l’autre. Cette règle tacite s’applique aussi bien au parlement qu’au Conseil fédéral, à l’administration et aux relations extérieures, notamment avec les médias. Elle souffre évidemment des exceptions, principalement au sein de l’administration, où l’usage de l’allemand prend souvent le dessus.

Cela suppose une connaissance minimale du français pour les Alémaniques et de l’allemand pour les francophones. Les italophones se trouvent dans une situation particulière. Parce qu’ils sont très minoritaires, ils partent du principe que l’italien n’est pas suffisamment répandu et s’expriment plutôt en allemand ou en français pour être sûrs de bien se faire comprendre.

Le cas Otto Stich

Et la traduction simultanée? Elle est rare. Elle existe au Conseil national, mais c’est à peu près tout. Il n’y en a pas au Conseil des Etats ni dans les commissions ou les séances de groupes parlementaires. Et les conférences de presse, pas même celle de mercredi sur l’accord UBS, ne sont pas traduites, alors que les moyens techniques existent. Cela signifie qu’il est difficile de s’en sortir si l’on n’a pas une compréhension minimale de l’idiome de l’autre. Et comme celui de Goethe prédomine, dans sa version helvétique, au sein de l’administration, le problème est plus aigu pour les Latins.

Pascal Broulis ne serait pourtant pas le premier handicapé linguistique du Conseil fédéral. Contrairement à Micheline Calmy-Rey, dont la pratique de l’allemand est tout à fait respectable, Jean-Pascal Delamuraz et Pascal Couchepin n’ont jamais été des maîtres du «der, die, das» et de ce qui va autour. Mais tous deux avaient siégé au Conseil national, de sorte qu’ils comprenaient l’allemand et ne se sont pas retrouvés en terra complètement incognita lorsqu’ils ont fait le saut gouvernemental.

On a aussi connu des magistrats alémaniques peu doués pour l’expression française. Otto Stich a certainement été l’un des moins à l’aise dans cet exercice. Il avait été parachuté au dernier moment pour barrer la route à Lilian Uchtenhagen, de sorte que ses aptitudes linguistiques n’avaient joué aucun rôle dans son élection. Il compensa partiellement cette carence en s’entourant de proches collaborateurs romands, mais resta faible en français durant toute sa carrière. D’autres, comme Christoph Blocher, Moritz Leuenberger ou Ueli Maurer, ne sont pas non plus des champions du plurilinguisme.