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Quel avenir pour l'italien (et pour le plurilinguisme) en Suisse ?

Traduction de l'italien par Mariela Slancheva

Écrit par Massimo Ripani le 9 septembre 2012

Alessio Petralli est un linguiste suisse particulièrement attentif à la dynamique entre langues et médias, auteur de nombreuses publications, parmi lesquelles « L'italiano in un cantone[1] » (Angeli, Milan 1990) et « Media in scena e nuovi linguaggi[2] » (Carocci, Rome 2003). Il est membre du groupe de réflexion indépendant des partis politiques Coscienza Svizzera[3], engagé entre autres dans la défense et la promotion des différentes identités, langues et cultures présentes en Suisse. Dans un de ses essais intitulé « Speranze e apprensioni per il plurilinguismo elvetico[4] » il souligne qu'« il y a quarante ans le grand linguiste Giacomo Devoto supposait une régression de l'italien dans le Canton du Tessin (qui n'a pas eu lieu), alors qu'aujourd'hui nous devons considérer surtout que « ce serait un fait de portée européenne » la fin de l'équilibre traditionnel plurilingue helvétique (qui s'avère menaçant) ». Une situation, cependant, pas encore compromise « puisque la Suisse peut trouver la volonté et les moyens de renouveler une politique de promotion de son plurilinguisme ».

MR (Massimo Ripani) : Pouvez-vous nous décrire la situation de la langue italienne sur le territoire de la Confédération ?

AP (Alessio Petralli) : La situation quant à la langue italienne est bonne dans son cadre traditionnel de diffusion, à savoir le Canton du Tessin et les vallées grisonaises limitrophes du Canton du Tessin. Il y a, au contraire, quelques inquiétudes pour les deux autres zones italophones du Canton des Grisons, puisque Poschiavo et la Bregaglia sont sujets à de fortes influences de la langue allemande. Pour le reste de la Confédération nous sommes, au contraire, face à une baisse sensible de l'italophonie qui date de quelques décennies dans cette zone. Les raisons de cette baisse sont multiples et les résultats du recensement en 2010 pourront peut-être donner quelques réponses plus actuelles, bien que la nouvelle méthode de relevé (d'un échantillon, pour des raisons financières) rendrait malheureusement très difficile les comparaisons avec les recensements effectués précédemment.

MR : Peut-on parler de « ghettoïsation » progressive ?

AP : le terme est trop fort, mais il est indéniable que si l'on ne s’attelle pas à la résorber, l'italien risque de « se régionaliser » voire, de se « cantonaliser ». Il convient de noter que la nouvelle loi sur les langues pourrait aider à éviter cette dérive. Naturellement, les droits du sol ne sont pas suffisants ; un fort et constant engagement sert aussi, et surtout, de la part des minorités.

MR : Quelles sont les politiques déjà mises en place ou encore à mettre en œuvre pour rétablir l'équilibre ?

AP : Comme nous l'avons évoqué, la nouvelle loi sur les langues devrait aider, en favorisant une présence plus forte de l'italien en dehors de Saint-Gothard notamment dans l'administration fédérale. Mais les résistances ne manquent pas et il faudra contrôler.

MR : Comment le Canton du Tessin et les communautés suisses italophones vivent-ils la situation ? La Suisse court-elle un risque de fragmentation ?

AP : Non, la Suisse n'est absolument pas exposée à ce risque, mais il est indéniable qu'au cours des dernières années, dans les deux dernières décennies de la mondialisation, la cohésion nationale a rencontré quelques difficultés. Il s'agit donc de réfléchir sur la valeur du modèle helvétique plurilingue et d'éviter qu'en peu de temps ne disparaisse tout ce que la Suisse a su bien construire.

[1] L'italien dans un canton
[2] Les médias sur scène et les nouveaux langages
[3] Conscience suisse
[4] Espoirs et appréhensions pour le plurilinguisme helvétique

Source : http://disvastigo.esperanto.it/index.php/approfondimenti-mainmenu-70/2775-quale-futuro-per-l-italiano-e-per-il-plurilinguismo-in-svizzera