Le Collectif inter-organisationnel IREF propose une série de visioconférences sur l’enseignement-apprentissage du français. Cela dans ses contextes internationaux (francophone, européen, africain…), nationaux (français…), régionaux et locaux (régions historiques et ultramarines, quartiers populaires, monde des migrants). Est incluse également la problématique du genre.
Seront étudiés les statuts et programmes du FLM (français langue maternelle) et du FLE-S (français langues étrangère ou seconde), ainsi que des sous-disciplines relatives à la langue, à la communication, à la littérature et aux cultures.
Les bilans seront assortis de prospectives curriculaires et de recommandations, en faveur de l’enseignement du français comme « langue commune » et comme « discipline transversale », et dans ce cadre, d’une formation à la citoyenneté adaptée aux enjeux géoculturels et géo-cognitifs, émancipatrice et solidaire.
FLM-FLE-FLS: bilan et perspectives institutionnels et programmatiques. Quels contextes et quels publics? Quelles collaborations possibles à l'avenir?
Vendredi 25 septembre 2026 (18h-20h)
Martine BOUDET Bilan et perspectives de l’enseignement du FLM/français langue maternelle en France
Charlène CHAUPRE-BERKI FLE-S : de la langue étrangère à la langue de socialisation, de scolarisation et d’insertion. Repères historiques, institutionnels, épistémologiques et didactiques
FLM : enseignement de la langue/compétences en lecture et écriture
Bilan académique et didactique des grammaires du discours, de la phrase, du sens. Etudes de cas. Vendredi 9 octobre 2026 (18h-20h)
Magali DURRIEU-GARDELLE Comment enseigner la grammaire dans le Premier degré
Martine BOUDET Bilan et perspectives de l’analyse du discours dans le Secondaire
Patrick CHARAUDEAU Eléments théoriques et méthodologiques en grammaire sémantique et analyse du discours
Orthographe du français/maîtrise de l’écrit: quel enseignement?
Vendredi 30 octobre 2026 (18h-20h)
Christophe BENZITOUN L’orthographe française, une source d’inégalités scolaires majeure. Quelle réforme ?
Didactique de la littérature
Vendredi 20 novembre 2026 (18h-20h)
Jean-Louis DUFAYS Lecture littéraire, écriture littéraire : enjeux et bilan des recherches
Enseignement des littératures française, régionales, francophone et du monde : quelle politique éducative ? Bilan et perspectives institutionnels et didactiques
Vendredi 11 décembre 2026 (18h-20h)
Rémi MOGENET Enseignement des littératures française et régionales: quelles passerelles ?
Ethmane SALL L’enseignement de la littérature caribéenne
Gérard VIGNER La scène littéraire française à l'école et au collège: thèmes, mythes et imaginaire- Difficultés d'accès à cet univers chez les élèves allophones et des quartiers populaires
Lettres classiques et modernes: bilans institutionnels et programmatiques respectifs. Cas de passerelles curriculaires
Francophonie, plurilinguisme et inter/transculturalité: bilan et perspectives institutionnels et programmatiques Vendredi 8 janvier 2027 18h 20h
Henda ZAGHOUANI Les valeurs fondatrices de la Francophonie historique. Cas du legs d’Habib Bourguiba
Philippe BLANCHET Les nouvelles orientations "diversitaires" de la Francophonie institutionnelle (l'OIF)
Français langue étrangère/FLE-Français langue seconde/FLS : enseignement du français comme langue-culture (composante pluri et interculturelle), en fonction des contextes et des publics.
Vendredi 5 février 2027 18h 20h
Brahim AZAOUI L’enseignement-apprentissage de la plurilittératie
Sylvain MEDZOGO Le français, langue en partage (FLAP) : une langue au cœur des plurilinguismes francophones
Daniel GNARE L’enseignement du FLE dans le secondaire au Ghana : un plurilinguisme scolaire asymétrique
Genre et cultures de genre: étude comparative des champs disciplinaires et perspectives didactiques en français: littérature, arts et thèmes féminins, écriture inclusive (dans ses aspects les plus consensuels)... Vendredi 19 février 2027 18h 20h
Stéphanie LEMARCHAND, Réception et lecture d’ouvrages de para-littérature en fonction du genre. Quelle représentation de la violence ? (Lycée professionnel)
Formation et éducation à une citoyenneté francophone et européenne progressiste, émancipatrice et solidaire: quels outils programmatiques? Vendredi 12 mars 2027 18h 20h
Cynthia EID Les objectifs et activités de la FIFP/Fédération internationale des professeurs de français
Christian TREMBLAY Les objectifs et activités de l’OEP /Observatoire européen du plurilinguisme
Accueil et éducation des publics migrants (mineurs et adultes) : littératie, politiques linguistiques et certifications… Vendredi 2 avril 2027 18h 20h
Anthippi POTOLIA Les dispositifs d'apprentissage du français pour les étudiants en exil
Création et critique littéraires et artistiques: quels outils de réflexion-action pour leur promotion? Vendredi 7 mai 2027 18h 20h
Chantal DANJOU Comment traduire sans passer par l'expérience de l'écriture et d'une certaine analyse critique ?
Intelligence artificielle, réseaux sociaux et dérives cognitives liées à la désinformation: quels outils méthodologiques pour une adaptation et une remédiation?
Vendredi 28 mai 2027 18h 20h
Françoise CAHEN Complicités créatives et distance critique avec les IA au lycée
INSPE et/ou départements universitaires: quel(s) siège(s) pour la création d'IREF? Dossier de présentation du projet.
Vendredi 11 juin 202718h 20h
--------------------------------------------------------------------------------------
Résumés des communications
Bilan et perspectives de l’enseignement du FLM
Martine BOUDET professeure agrégée de lettres modernes, docteure en littérature française, chercheure et autrice spécialiste de la didactique du français et d’anthropologie culturelle, Centre international de recherches et d’études transdisciplinaires (CIRET) –Toulouse
L’enseignement du français est le pilier principal de l’édifice scolaire : savoir parler, lire et écrire dans la langue nationale et à statut international qu’est le français est à la base des autres apprentissages. La crise de croissance que traverse cette discipline, et dans ce cadre l’enseignement de la littérature, s’explique notamment par sa limitation à un cadre ethnocentré et individuel. Par ailleurs, l’avènement de l’« économie de la connaissance » à l’échelle européenne, met en jeu, en l’absence de contrepoids socioculturels suffisants, la transmission et l’apprentissage des savoirs.
Les pistes de revivification proposées concernent l’ouverture programmatique sur des langues-cultures voisines ou reliées historiquement dans un cadre francophone ou européen, sur le modèle en particulier du FLE-S, ainsi que le renforcement didactique, dans le sens du rééquilibrage et de la mise en cohérence des enseignements relatifs à la langue, à la communication et à la culture.
Dernières publications
Essai de méthodologie de lecture-écriture, Pointe-à-Pitre, Presses universitaires des Antilles, juillet 2025 (deux tomes, théorique et pratique)
https://presses.univ-antilles.fr/collections/apprentissage-education-et-socialisation/essai-de-methodologie-de-lecture-ecriture
https://presses.univ-antilles.fr/collections/apprentissage-education-et-socialisation/essai-de-methodologie-de-lecture-ecriture-0
FLE-S : de la langue étrangère à la langue de socialisation, de scolarisation et d’insertion. Repères historiques, institutionnels, épistémologiques et didactiques
Charlène CHAUPRE-BERKI docteure en sciences du langage et humanités numériques, chercheuse associée CIRLEP, Université de Reims Champagne Ardenne. Formatrice FLE et FLI, examinatrice DCL en CCF
Cette contribution a pour objectif de proposer un panorama historique et général du champ du FLE-S, en mettant en évidence les évolutions qui ont progressivement conduit à penser le français non plus uniquement comme une langue à apprendre, mais également comme une langue de scolarisation, de socialisation, de formation et d’insertion.
Seront abordés :
- les principaux jalons historiques de la constitution du champ FLE puis FLS ;
- l’évolution des notions de FLE, FLS, FLSco, etc. En montrant ce qui les distingue mais aussi les continuités et les porosités entre ces catégories ;
- les évolutions institutionnelles et curriculaires, notamment autour du CECRL et de l’approche actionnelle ;
- la question des différents publics et de leurs répertoires linguistiques et biographiques ;
- le passage d’une conception centrée sur l’acquisition de compétences linguistiques à une conception davantage orientée vers les pratiques sociales, scolaires, universitaires et professionnelles ;
- enfin, les perspectives de collaboration entre FLE-S et FLM, mais aussi avec les disciplines scolaires et universitaires, les acteurs de la formation et de l’insertion, ainsi que les structures institutionnelles et associatives.
Éléments théoriques et méthodologiques en grammaire sémantique et analyse du discours
Patrick CHARAUDEAU professeur émérite en sciences du langage Université Sorbonne Paris Nord, CNRS-Cerlis- Paris Cité- Essayiste spécialiste des théories du langage et de la grammaire du sens
La question est vaste. Je voudrais simplement apporter quelques précisions.
D’abord, sur ce que l’on peut nommer une grammaire sémantique qui a donné lieu à la Grammaire du sens et de l’expression (Lambert-Lucas) que j’ai publiée il y a maintenant quelque temps. Il s’agira d’en justifier sa composition et d’envisager son possible emploi dans le cadre d’un enseignement.
Puis sur l’analyse du discours, dans la mesure où il y a plusieurs courants théoriques qui traversent cette sous-discipline des sciences du langage. Ce seront alors les enseignants qui, selon les situations d’enseignement dans lesquelles ils sont amenés à exercer, pourront juger de l’utilisation de chacun de ceux-ci.
Lecture littéraire, écriture littéraire : enjeux et bilan des recherches
Jean-Louis DUFAYS, professeur émérite en didactique du français et théorie littéraire, Université catholique de Louvain (Belgique)
Que l’enseignement de la littérature constitue, plus que jamais, un enjeu clé pour l’école, voilà qui ne va peut-être plus de soi en 2026. C’est pourquoi cette conférence se propose d’examiner la question en procédant en six étapes. Il s’agira successivement de rappeler pourquoi on peut considérer que la littérature figure au cœur du rôle de l’école ; de retracer ce qu’a été à cet égard le poids de l’approche traditionnelle ; de mettre en évidence la rupture épistémologique qu’a constitué la théorisation de la lecture littéraire à partir des années 1970 ; de montrer pourquoi le modèle de la lecture littéraire apparait aujourd’hui comme un modèle fédérateur pour la didactique de la lecture et de la littérature ; d’indiquer jusqu’à quel point ce modèle permet également de poser un nouveau regard sur l’écriture littéraire ; et enfin de s’interroger sur les priorités qui semblent incomber à la recherche et à la formation aujourd’hui en matière d’enseignement de la littérature.
Langues et littératures française et régionales: exemples de passerelles
Rémi MOGENET professeur agrégé de Lettres modernes, auteur spécialiste de littérature régionale (académie de Grenoble)
Les régions de France ont une littérature riche. Sa marginalisation montre un dédain pour la vie culturelle du pays dommageable, et donne l'impression que la capitale refuse de rien concéder aux régions, notamment excentrées.
La littérature régionale est rarement coupée du français et est souvent bilingue, pour deux raisons. D'une part parce que les régions excentrées, à l'histoire et à la culture originales, utilisent souvent le français pour exprimer leurs références et symboles propres, à la façon d'une littérature francophone étrangère (belge, canadienne, camerounaise, suisse...). D'autre part parce que la plupart des écrivains en langue régionale ont eux-mêmes placé en regard de leurs textes des traductions: c'est le cas en Provence de Frédéric Mistral, en Savoie d'Amélie Gex, en Corse de Jean-Pierre Lucciardi, et de bien d'autres.
Il est donc temps d’octroyer toute leur place aux littératures régionales de France, afin de promouvoir le plurilinguisme et l'interculturalité, de relancer l'intérêt et l'enthousiasme à l'égard des belles-lettres. Un signal fort des institutions universitaires et scolaires est attendu sous ce rapport.
Ainsi, il serait légitime qu'une chaire de langues, littératures et cultures régionales de France soit créée dans une grande université parisienne, telle que la Sorbonne, ou au moins le Collège de France. Par ailleurs, des oeuvres régionales, comme la poésie des troubadours ou les ouvrages de F Mistral Prix Nobel de littérature, pourraient valablement être étudiés en cours de français, par exemple dans une perspective comparatiste.
Pour référence, cette pétition "Pour une vraie place des littératures en langues régionales dans les programmes scolaires" https://share.google/VLKOPZtgx7GYnO7Jz
La littérature caribéenne : quel « enseignement » ?
Ethmane SALL poète et essayiste, enseignant-chercheur chargé de cours à l’IUT de Sceaux, membre associé de l’UMR Thalim
Du point de vue de l’enseignement secondaire et universitaire, la littérature caribéenne est
utilisée accessoirement dans les programmes. Cette marginalité réfléchie reposerait sur des
relations conflictuelles entre l’ancien empire colonial et les régions du monde qu’on appelle
communément « Outre-mer » (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion). Il existerait
des points de vue convergents à propos de l’histoire de l’Atlantique et les dominations
coloniales. Or, la littérature caribéenne est résolument engagée contre les non-dits de cette
histoire et la réalité difficile du quotidien. Cette littérature est essentiellement irriguée par la
« blessure sacrée » et le « calendrier lagunaire » (Aimé Césaire) de la traversée forcée de
trois cents ans et des séquelles traumatiques qui en découlent. De ce fait, ne serait-il pas
intelligent de mettre en conjonction les différentes thèses des rives de l’Atlantique pour
dépasser les clivages et développer une civilisation de l’universel (Chère à Léopold Sedar
Senghor) ?
Par ailleurs, la littérature caribéenne offrirait des pensées fondatrices à propos des identités
éclatées (des départements français de l’Outre-Mer) si l’on tient compte de la présence
culturelle du mouvement de la Négritude (mouvement littéraire et artistique) et des apports
sociologiques des courants de pensée comme la Créolisation et La Relation.
La Négritude d’Aimé Césaire, de Léopold Sedar Senghor et de Léon Gontran Damas, eut le
mérite de s’élever contre la négation (pour ne pas dire l’effacement) des consciences
colonisées, de combattre l’aliénation et l’assimilation, et de militer pour la liberté et
l’émancipation. Ce mouvement qui embrasse large, qui met en avant la dignité humaine,
aurait permis la prise de conscience et le respect de la différence à travers le choc des cultures
et des rencontres des communautés du monde.
Après avoir hérité et digéré la Négritude, Edouard Glissant s’est penché à son tour sur
l’histoire de l’Atlantique pour théoriser l’identité antillaise et l’identité tout court : la pensée
archipélique du poète-philosophe martiniquais a donné naissance à de nombreux concepts
(Créolisation, Tout-monde, La Relation) qui inscrivent l’individuation dans une
« transatlanticité » (Ethmane Sall, La Transatlanticité francophone, Paris, L’Harmattan,
2023) où l’identité est constamment mouvante. « Je peux changer en échangeant avec l’autre,
sans me perdre, ni me dénaturer » : cette formule d’Edouard Glissant met en exergue le
caractère rhizomatique de la pensée de La Relation.
Ainsi, nous tâcherons d’aborder l’enseignement de la littérature caribéenne dans le cadre
scolaire et universitaire avant d’aborder le panorama des courants de pensée qui permirent à
cette littérature d’exister, de connaître ses lettres de noblesse.
Quelques éléments bibliographiques
- Chamoiseau Patrick, Césaire, Perse, Glissant. Les liaisons magnétiques, Paris, Philippe
Rey, 2013.
- Césaire Aimé, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence africaine, 1939.
- Césaire Aimé, Le Discours sur le colonialisme, suivi du Discours sur la Négritude, Paris,
Présence africaine, 1955.
- Condé Maryse et Bavarin Christiane, Lectures antillaises. Textes et activités de français.
Niveau 1 – 6 e /5 e , Fernand Nathan, 1977.
- Copin Laetitia et Buffet Martine, Anthologie littéraire des Caraïbes et de l’Amazonie, Paris,
Présence africaine, 2016.
- Fanon Frantz, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1955.
- Glissant Edouard, Le Discours antillais, Paris Seuil, 1981.
- Glissant Edouard, « Vers les Etats généreux de l’enseignement », Antilla n°1 spécial février,
1981.
- Glissant Edouard, « Le manifeste des Assises », Antilla, n°17, 01 mai 1982.
- Glissant Edouard, Introduction à une poétique du divers, Paris, Gallimard, 1955.
- Kesteloot Lylian, Césaire et Senghor. Un pont sur l’Atlantique, Paris, L’Harmattan, 2006.
- Zou Renée-Laure, « 1981/2003 : les enseignants martiniquais et l’adaptation des programmes scolaires », Mémoire de DEA, Schœlcher, juin 2006.
Les objectifs éducationnels de la FIFP/ Fédération internationale des professeurs de français
Cynthia EID présidente de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF)
professeure-chercheuse, doyenne de l'École de formateurs, directrice de la pédagogie et de l'Innovation Igensia Éducation, Paris-Lyon et Toulouse, France
La FIPF fédère près de 300 associations dans 130 pays et rassemble environ 55 000 membres, au service d’une communauté élargie de plus de 220 000 enseignantes et enseignants de français. Elle œuvre notamment à :
- soutenir et professionnaliser les associations de professeurs de français ;
- défendre la diversité linguistique et culturelle ainsi qu’une francophonie ouverte et plurilingue ;
- promouvoir un enseignement du français porteur de citoyenneté, de dialogue interculturel, d’émancipation et de solidarité ;
- accompagner la formation initiale et continue des enseignantes et enseignants ;
- favoriser la circulation de la recherche, des ressources pédagogiques et des pratiques innovantes ;
- développer une réflexion responsable sur les transformations éducatives liées au numérique et à l’intelligence artificielle ;
- renforcer la coopération entre les associations, les institutions éducatives et les partenaires de la Francophonie.
Ces objectifs se traduisent concrètement par l’organisation de congrès mondiaux et régionaux, la publication de revues scientifiques et professionnelles, la production de ressources pédagogiques, le déploiement de programmes de mentorat, la valorisation des métiers liés au français, ainsi que par de nombreuses initiatives en faveur du plurilinguisme, de la citoyenneté et de l’innovation pédagogique.
Comment traduire sans en passer par une double expérience : de l'écriture de création et de l’analyse critique ?
Chantal DANJOU est l’auteure d’une trentaine d’ouvrages (poésie, essai, prose), critique littéraire. Docteur ès lettres (La femme seule à travers Colette et Katherine Mansfield, Paris-Sorbonne IV), professeur durant de nombreuses années, elle intervient à présent dans des instituts universitaires de formation d’enseignants et dans des Universités (direction de mémoires, cours sur la poésie contemporaine et conceptions de projets concernant la lecture et l’expérience poétiques comprenant la pratique d’ateliers d’écriture).
Dès lors que l’on écrit et que l’on enseigne la littérature, la question de la traduction se pose. Par ailleurs, cofondatrice et présidente de l’association La Roue Traversière (1989 / 2022), la présentation de poètes et de plasticiens contemporains, la tenue de tables rondes autour d’éditeurs de poésie, convoque la double figure du poète et de son traducteur comme sujet de colloques.
Qui nous traduit et comment ? Que faut-il entendre par langue-source ? Dire qu’il s’agit de la langue maternelle, du moins d’expression, d’un auteur serait restrictif. Il s’agit de considérer aussi la langue originale, étonnante, propre à un écrivain et à un poète. Il a donc semblé pertinent de proposer pour les cours donnés aux étudiants en Master 1 et 2 de traduction littéraire, le titre suivant : Étrange et étranger.
Comment amener l’étudiant à traduire ou plus précisément à écrire sa traduction en tenant compte de ce binôme ? Autrement dit, comment traduire une langue à la fois étrange et étrangère ? Voilà l’enjeu. Un parallèle peut être fait entre l’écrivain et son traducteur puis l’écrivain et la mise en regard de son texte par un plasticien, ce double rapport se nourrissant des langages partagés, et le peintre, pour une part, traduit – l’expression est du plasticien Henri Yéru – « mot pour mot, trait pour trait ». Ainsi une nouvelle suggestion est-elle faite aux étudiants en se servant de l’interdisciplinarité artistique : et si l’écoute de la musique ou le regard sur la peinture enseignaient aussi la traduction, nuançaient la réception du texte… À la suite, il paraît judicieux de leur faire vivre l’expérience de l’écriture à travers un atelier afin de les sensibiliser à la genèse, au processus, à la difficulté et au projet littéraires, en quelque sorte à ce qui n’est pas dit mais néanmoins constitutif du dit et qui sera implicitement traduit en même temps que le texte.
Ces cours sont aussi l’occasion de poursuivre la réflexion et les donnant ils interrogent plus avant, autant dans le travail de recherche et de pédagogie que dans celui d’écrivain. Il semble important dans un tel contexte, de les « écrire », de les regrouper et de les présenter avec leurs documents d’accompagnement. Cette démarche souligne le fait qu’un texte d’analyse prolonge le texte de création. Le retour à la création, quant à lui, fera un nouvel écho à la recherche. Y a-t-il vraiment frontière entre ce qui s’invente et ce qui s’explore ? Sans doute pas si l’on considère que tout participe d’un acte de création et de mise en question du langage. Enfin, il s’agit de jouer le jeu comme on demande aux étudiants de le faire. Réaliser et rédiger cette série de cours, c’est donc consentir au dialogue incessant entre les différentes formes de langages : textuel, pictural, musical, imaginaire, réflexif, dans une langue et dans une autre.
Complicités créatives et distance critique avec les IA au lycée
Françoise CAHEN professeure agrégée de Lettres modernes en lycée, formatrice et qualifiée aux fonctions de maîtresse de conférences (Académie de Créteil)
Comment dépasser la sidération face aux IA génératives pour en faire de véritables alliés pédagogiques en cours de français? À partir des projets d’écriture « CyrIAno de BergerIAc » et d'ateliers d'illustrations littéraires, cette communication propose de concilier complicité créative et distance critique avec les élèves. Loin de diaboliser l’outil, l’IA y est utilisée comme un tuteur d'écriture ou un catalyseur qui, par la confrontation directe avec les productions des élèves, révèle la valeur irremplaçable et sensible de leur propre voix. Ce détour réflexif permet d'aiguiser l'esprit critique en traquant les hallucinations factuelles, en déconstruisant les stéréotypes véhiculés par les algorithmes d'images, tout en interrogeant le concept d’« Ersatz d'intelligence ». Une réflexion essentielle pour aider les lycéens à dominer l’IA plutôt qu'à subir passivement sa domination".