Les 19 et 20 octobre 2026, Sorbonne Université
Le ministère de l’Éducation nationale affirme à propos de l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité dans le Bulletin officiel de l'Éducation nationale (BOEN) n°11 du 17 mars 2016 : « L’approche des systèmes linguistiques du latin et du grec, par leur différence avec le français, renouvelle le regard sur la langue française et en consolide la connaissance ». En parallèle, le BOEN n° 31 du 30 juillet 2020 portant sur les objectifs pour le cycle 4 souligne que « tant sur le plan culturel que sur le plan linguistique, le professeur de français veille tout particulièrement à ménager des rapprochements avec les langues et cultures de l’Antiquité ».
De même, pour l’enseignement des langues vivantes régionales à parité horaire avec le français, il est précisé, dès le BOEN n° 33 du 13 septembre 2001, que ce bilinguisme « conforte l’apprentissage du français et prépare les élèves à l’apprentissage d’autres langues ». Le BOEN n°47 du 16 décembre 2021 réaffirme cette finalité : « Dans toutes les formes qu’elle prend, l’étude d’une langue vivante régionale amène les élèves à opérer des rapprochements avec la langue française et participe ainsi à une meilleure maîtrise de celle-ci ». L’Éducation nationale esquisse donc clairement le projet de passer par le détour des langues autres pour enseigner le français. Cependant, il s’agit là d’une proposition très générale, dont le contenu précis et les modalités de mise en œuvre demeurent à explorer, même si quelques expérimentations ont déjà été répertoriées pour le latin et le grec (Cadet et al. 2022 ; Van Gysel 2023).
De même, cette démarche d’orientation comparative est reconnue comme didactiquement fondée et utilisée pour l’apprentissage du français langue seconde (Cuq 1991) ou français langue de scolarisation (Vigner 1992) par les apprenants allophones des classes d’UPE2A. Ainsi les séquences de cours enregistrées dans le cadre du projet « Comparons nos langues »[1] mené par Auger (Université de Montpellier Paul-Valéry) prennent-elles une valeur d’exemplarité : elles constituent la démonstration pédagogique qu’il est possible d’utiliser une autre langue, en l’occurrence la ou les langues premières des apprenants allophones, pour mieux faire percevoir les fonctionnements grammaticaux du français (voir aussi Auger & Guiraud-Robert 2024).
De fait, cette approche, qui reprend la démarche contrastive initiée par les travaux fondateurs de Lado (1957) sur la valeur de la comparaison linguistique, est également bien connue dans l’enseignement-apprentissage du français langue étrangère. On pourra ainsi se référer au numéro spécial de L’Information grammaticale dirigé par Beacco & Fouillet en 2023, mais aussi aux recherches du GreC[2] sur l’élaboration de descriptions « sur mesure » ne figurant pas dans les grammaires scolaires ordinaires, et tout aussi récemment aux contributions de Kakoyianni-Doa, Loizidou & Monville-Burston, 2023, ou encore à la collection d’ouvrages de grammaire contrastive en français langue étrangère dirigée par Beacco chez CLE International[3].
De même dans d’autres systèmes éducatifs. En Suisse, par exemple, le Plan d’études romandcomporte un domaine Langues regroupant français, allemand, anglais et latin, qui a pour finalité de favoriser la maîtrise du français (règles de fonctionnement et capacités à communiquer) ainsi que le développement de compétences de communication dans au moins deux langues étrangères. Au Luxembourg, également, l’enseignement du français comme langue « autre » s’opère dans un contexte plurilingue particulier, avec l’allemand et le luxembourgeois, et l’inclusion d’autres langues liées aux migrations récentes (Lentz & Raus 2024). Une telle conception d’un domaine Langues vise à contribuer à la constitution d’un répertoire langagier plurilingue, dans lequel toutes les compétences linguistiques (L1, L2, L3, mais aussi celles d’autres langues, les langues d’origine des élèves bi- ou trilingues, en particulier) trouvent leur place, impliquant ainsi une réflexion sur les langues qui permet à l’élève de mieux comprendre le fonctionnement des langues étudiées. La réalisation de ces programmes a donné lieu à la création de nombreuses activités contrastives pour l’enseignement du français langue de scolarisation, qui en illustrent l’utilité pour l’appropriation des connaissances grammaticales.
L’approche contrastive ou le détour par les langues autres dans l’enseignement-apprentissage du français en France demeure cependant quasiment entièrement à explorer pour ce qui est du français langue première (Chiss & David 2018). Or cette approche apparaît d’autant plus pertinente que le répertoire linguistique des apprenants est souvent effectivement riche d’autres langues que le français. C’est en particulier le cas des apprenants des territoires ultramarins où le plurilinguisme actif est de règle : les monolingues en langue française sont minoritaires, car une majorité de Martiniquais, de Guadeloupéens et de Réunionnais emploient le créole[4]. Mais cette réalité plurilingue concerne également la France métropolitaine. Ces langues « autres » sont tout d’abord celles de la famille, apportées par l’expatriation et la migration : l’arabe dialectal, le berbère, le mandarin, le turc, etc. Ce sont aussi les langues étrangères, l’anglais au premier chef (David & Falempin 2010), mais également l’espagnol, l’allemand, l’italien, le portugais, etc., toutes langues secondes ou tierces enseignées dans le système éducatif.
De fait, quasiment tout locuteur dispose d’un répertoire linguistique complexe et évolutif, constitué de langues acquises selon des modalités différentes, utilisées de manière souple et maîtrisées à des degrés divers. Le projet d’éducation plurilingue conçu entre autres par le Conseil de l’Europe est de développer ce répertoire et, en particulier, de créer des transversalités pour « promouvoir un enseignement des langues les faisant interagir entre elles », selon l’une des formulations du Conseil de l’Europe (2022, p. 7). Un des moyens de réaliser cette éducation plurilingue est de mettre les connaissances (méta)linguistiques et (méta)communicatives acquises pour une langue au service de l’appropriation d’une ou de plusieurs autres langues.
Le présent colloque se propose d’explorer les potentialités pédagogiques de ce recours à la multiperspectivité que permet la comparaison avec les langues « autres » pour enseigner le français, y compris en primaire et au collège. Cette approche de nature contrastive ou complémentaire peut-elle effectivement aider les apprenants à percevoir la nature des caractéristiques du français ? Cette mise en regard avec d’autres langues peut-elle réellement susciter une profondeur réflexive les aidant à mieux saisir la spécificité de son fonctionnement ? Le cas échéant, quelles composantes de la langue française et des autres langues peuvent être concernées (leur grammaire mais aussi leur vocabulaire, leur phonétisme, leurs dimensions pragmatiques...) ? À quelle étape du processus d’apprentissage cette comparaison peut-elle être opérée (depuis les premières classes du primaire, jusqu’à l’université) ? Et selon quelles modalités ? Quelles procédures épi- ou métalinguistiques peuvent être explorées, et quelles démarches didactiques proposées ? Quelles composantes des langues « autres » peuvent être sollicitées, notamment dans les champs de l’oralité et/ou de la littératie ? Comment prolonger ces comparaisons avec les variantes de français « autres » circulant dans des contextes plus spontanés, moins normalisés, et présentant des formes socio-culturellement contrastées ?
L’accent sera mis sur l’enseignement du français auprès d’un public déjà francophone, et dans une moindre mesure sur l’enseignement du français langue seconde ou langue de scolarisation dans les classes d’UPE2A, déjà largement exploré dans cette perspective. Le colloque s’adresse aux universitaires mais aussi aux enseignants en exercice désireux d’explorer ces questions sous un angle théorique ou empirique.
Lundi 19 octobre 2026
Salle de conférences 107 — Campus Pierre et Marie Curie. Barre 44-54, 1er étage, 4. Place Jussieu
8h – 8h30 Accueil des participants et inscriptions
8h30 – 9h15 Ouverture du colloque
Jean-Claude BEACCO, Anouch BOURMAYAN, Inès SFAR-NOBLAT
Modération : Jean-Claude BEACCO
9h15 – 9h45
Jovan KOSTOV, Émilie KASAZIAN
Enseigner la grammaire française par le détour des langues « autres » : approches
comparatives et gestes d’étayage en contexte FLE
9h45 – 10h15
Laetitia MORIN
Enseigner le français dans le secondaire par le prisme du plurilinguisme : difficultés
épilinguistiques et réflexions en didactique
10h15 – 10h45 Antje-Marianne KOLDE, Chiara BEMPORAD
Langues anciennes, langues de la migration et français : un trio gagnant ?
10h45 – 11h15 Pause-café — Salle de réception 102
Modération : Viviane YOUX
11h15 – 11h45
Maëlle TEYCHENNÉ, Stéphanie VAISSIÈRE-KOROL
Une éducation bi-plurilingue au service de la structuration de la langue de
scolarisation
11h45 – 12h15
Claudia D’AMELIO, Typhaine MANZATO
Comparer comme activité nécessaire pour développer la compétence
métalinguistique en LM et en LE : outils, enjeux et limites de la construction
simultanée du répertoire plurilingue
12h15–12h45
Isabelle GAUVIN, Samuel LABLANC, Antoine DUMAINE, Marion DESLANDES-
MARTINEAU, Joël THIBEAULT, Wynne WONG
Mettre en relation les descriptions grammaticales du français langue
d’enseignement et de l’anglais langue seconde : effets d’un enseignement intégré
des compléments verbaux au Québec
Modération : Gérard MALBOSC
14h – 14h30
Ilona SINZELLE PONAVICOVA
Fonctions grammaticales et ordre des mots : le détour par les langues slaves pour
comprendre le système du français
14h30 – 15h
Slavka POGRANOVA
Le recours à l’allemand et à l’anglais dans les manuels de français : quelle articulation
des langues à des fins d’apprentissage ?
15h – 15h30
Astghik YEREMYAN
Les langues personnelles invisibles comme levier de développement métalinguistique
dans l’enseignement de la grammaire du français : le détour par l’arménien
15h30 – 16h Pause-café — Salle de réception 102
Modération : Maurice NIWESE
16h – 16h30
Samar CHAKHRATI
Corrélation entre compétence en darija et performance en français langue
d’enseignement : analyse quantitative d’un dispositif de transfert linguistique à
l’université marocaine
16h30 – 17h
Radia BELLAGOUN, Radhia CHERAK, Nouhad TIGANI
Du répertoire plurilingue à la conscience métalinguistique : l’apport des humanités
numériques (Voyant Tools) pour une didactique contrastive du français en Algérie
17h – 17h30
Zied SMAT
Le détour par l’arabe pour enseigner la période française : de la brachylogie à
l’amplitude proustienne
Mardi 20 octobre 2026
Salle de conférences 107 — Campus Pierre et Marie Curie. Barre 44-54, 1er étage, 4. Place Jussieu
Modération : Jacques DAVID
8h30 – 9h
Georgia CONSTANTINOU, Nathalie CHRISTOFOROU
Mobiliser les langues personnelles en contexte chypriote hellénophone : comparaison
lexicale et développement de la conscience métalinguistique en FLE
9h – 9h30
Betül ERTEK
Quand les langues « autres » aident à penser le français : triangulations français-
anglais-turc chez de futurs enseignants plurilingues
9h30 – 10h
Sénia ALLAL
Le recours aux langues personnelles des apprenants algériens (arabe dialectal,
tamazight) pour l’enseignement du FLE à l’université : pratiques et pistes didactiques
10h – 10h30
Nouhad TIGANI, Radia BELLAGOUN, Radhia CHERAK
Enseigner le français au primaire algérien par le détour de l’arabe : transferts, écarts
et conscience linguistique
10h30 – 11h Pause-café — Salle de réception 102
Modération : Inès SFAR-NOBLAT
11h – 11h30
Amine EL ALAMI
L’usage de la traduction dans l’enseignement-apprentissage du français en contexte
bilingue : entre médiation linguistique et stratégie didactique
11h30 – 12h
Rita ALCHABAB
Réexplorer l’enseignement de la grammaire du français grâce aux apports de la
didactique du FLE
12h – 12h30
Claire CHASSAGNE
Traduction, écriture et mise en voix multilingue : penser et dire le français parmi nos
langues au lycée
Modération : Anouch BOURMAYAN
13h45 – 14h15
Stéphanie DULONG
De l’oral à l’écrit : le rôle des langues familiales dans l’apprentissage du français chez
les adultes analphabètes
14h15 – 14h45
Galla ALTHABÉGOÏTY, Pernelle LARCADE
Les expressions émotionnelles des langues de la classe : co-construction d’une
séquence pédagogique d’éveil aux langues
14h45 – 15h15
Randa AL NABOULSI
Didactique intégrée des langues en contexte libanais : pour une inclusion plurilingue
face aux héritages coloniaux
15h15 – 15h45 Pause-café — Salle de réception 102
Modération : Jean-Claude BEACCO
15h45 – 16h15
Joël THIBEAULT, Catherine MAYNARD
La littérature bi/plurilingue comme levier pour l’enseignement de la grammaire et du
lexique : une analyse des pratiques d’enseignant·es en Ontario et au Québec
16h15 – 16h45
Hoai Anh TRAN
Số Đỏ (Vũ Trọng Phụng) : un corpus littéraire vietnamien comme « détour salutaire »
pour l’enseignement du français
16h45 – 17h15 Synthèse et perspectives par le grand témoin Jacques DAVID
17h15 – 17h30 Clôture du colloque