Traduction de l'anglais par Mariela Slancheva

Accompagnés de leur interprète, le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, (à droite) et le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, discutent et se promènent pendant les conférences mercredi à Berlin.
AFP-JIJI
28 avril 2017
Paris – Les traducteurs jouent un rôle vital dans la préservation des langues du monde, leur travail permet à 6 000/7 000 langues parlées d'exister, et à 3 000 dialectes rares de survivre.
« Sans la traduction, il n'y a pas d'histoire de l'humanité », a dit Astrid Guillaume linguiste de l'université Paris-Sorbonne.
« Nous ne connaissons les histoires et les cultures du monde que par l'intermédiaire des traductions », a-t-elle ajouté.
Le mot « traduire » vient du latin « traducere », qui signifie « porter de l'autre côté ». Voici trois exemples montrant comment les traducteurs contribuent à la diversité linguistique.
Préserver les langues rares
Née dans une famille paysanne de Bretagne, dans l'ouest de la France où on parlait le breton, Rozenn Milin aurait pu devenir traductrice du français vers le breton.
Elle a plutôt choisi de défendre la survie des langues les plus rares du monde par le biais de son projet Sorosoro.
Sorosoro désigne le souffle, la parole et la langue, en araki, une langue presque disparue, désormais parlée par moins de 10 personnes.
C'est l'une des nombreuses langues que l'on entend en République de Vanuatu, île du Pacifique.
Le but du projet Sorosoro est de préserver des enregistrements de langues en voie de disparition, en filmant les gens qui continuent de les parler et en enregistrant le résultat, après traduction, à l'INA (Institut national de l'audiovisuel) de France.
Les traducteurs jouent un rôle fondamental dans le projet, en transcrivant des heures d'histoires filmées, des chansons et des cérémonies rituelles, selon Rozenn Milin.
« C'est un travail considérable et compliqué », dit-elle, parce qu'il exige des interlocuteurs qui aussi parlent bien français, anglais ou espagnol afin de bien traduire les bandes sonores.
Traduction des signes
Il n'y a pas qu'une seule langue des signes pour les malentendants.
« Il y a autant de langues des signes qu'il y a de pays », explique Ronit Leven, vice-présidente de la FNSF (Fédération Nationale des Sourds de France), elle-même sourde et interprète en plusieurs langues des signes.
Il existe une langue des signes internationale, une sorte d'esperanto qui emprunte des éléments de différentes langues des signes, surtout européennes, et est utilisée lors d'assemblées internationales.
« Mais il n'y a rien de mieux que la compréhension et l'expression de quelqu'un dans sa propre langue des signes », affirme madame Leven, qui travaille souvent dans ce type d'événements internationaux.
Même les mots de base se distinguent d'une langue à l'autre.
Par exemple, le signe pour dire « papa » en français pointe vers le coin de la bouche, où pousserait une moustache, alors qu'en langue des signes étasunienne on pointerait un pouce sur le front.
Intelligence artificielle
Les erreurs d'interprétation et la mauvaise syntaxe sont les deux raisons pour lesquelles la traduction automatique a eu une mauvaise réputation.
Dans son livre « Google-moi » (« Google Me »), la philosophe française Barbara Cassin a écrit en 2007 comment la phrase de la Bible « Et Dieu a créé l'homme à son image » a été traduite par Google Translate en allemand et ensuite remise en français plusieurs fois jusqu'à ce qu'une version définitive ait été obtenue. Cela a donné « Et l'homme à son image a créé un dieu. »
Ce qui n'arriverait pas aujourd'hui. Le résultat obtenu du même traducteur automatique est actuellement « bon, cohérent et constant », reconnaît Cassin dans sa dernière œuvre « Éloge de la traduction » (« Eulogy of Translation »).
La qualité de la traduction devrait s'améliorer encore plus grâce au progrès dans l'intelligence artificielle, notamment le mécanisme d'« apprentissage profond » par lequel une machine apprend progressivement en imitant la manière dont le cerveau humain fonctionne avec son propre réseau de neurones artificiels.
Un système de ce type a été créé par l'entreprise française SYSTRAN, pionnière dans le domaine de la traduction automatique qui a été rachetée en 2014 par le groupe sud-coréen CSLi.
Il soutient que la qualité des traductions, après plusieurs semaines d'apprentissage, est « proche de celle des humains. »
« Nous sommes au tout début d'une ère nouvelle qui offre d'excellentes perspectives dans la communication multilingue », prévoit Jean Senellart, directeur technique chez SYSTRAN.