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La traduction dans la peau

Un article de Renée Mourgues publié le 4 juin 2010 sur le site La République des Pyrénées.fr

Les oeuvres de Stephen King et Donna Leon n'ont plus de secret pour William Olivier Desmond, traducteur originaire du Libournais, en vedette au prochain salon littéraire d'Oloron, dans un Béarn cher à ses souvenirs.

Des Beaux-Arts à la traduction littéraire, c'est en empruntant les chemins de traverse que William Olivier Desmond échoua sur les rives de son actuel métier.

Ses études entrecoupées par la guerre d'Algérie, de 1960 à 1962, il les reprend en les orientant vers les lettres et la philosophie qu'il enseignera pendant cinq ans au Canada, rallié par cargo au bout d'un périple de trente jours. «L'hiver six mois sur douze» et les servitudes du professorat finisssent par avoir raison de son enthousiasme. Revenu en France au bout de cinq ans d'expatriation, il s'introduit dans les milieux de l'édition.

Simultanément directeur-adjoint de collection chez Denoël, critique littéraire à «L'Express» et traducteur de textes philosophiques anglais, Olivier Desmond s'adonne aussi à des travaux d'écriture qu'alors trop timoré, il n'ose soumettre à l'expertise d'autrui.

Depuis, il a publié plusieurs ouvrages. «Je suis un marginal, un conteur qui revendique son statut. Je ne vais pas bassiner mes lecteurs avec des états d'âme» soutient-il.

Des origines irlandaises

En 1988, la maison Albin Michel lui confie la traduction de «Ça», le volumineux pavé de Stephen King. A l'époque, il méconnaît l'oeuvre de l'écrivain américain, un maître de la fiction d'épouvante ou fantastique.

Très vite, il développe une véritable sympathie à son endroit: «on a le même trait de caractère. J'aime accrocher mon lecteur par le revers du veston... Ce qui me plaît aussi, ce sont ses différents niveaux de langue, de la plus familière à la plus raffinée. Il jouit d'une réputation faussée de par ce qu'il écrit. En fait, il projette des angoisses qui remontent à son enfance».

Naturellement doué pour l'anglais, William Olivier Desmond, aux lointaines origines irlandaises, étoffe ses connaissances idiomatiques par la consultation régulière de la presse d'outre-Atlantique.

L'homme converse aussi en allemand et en espagnol mais c'est la langue de Shakespeare revisitée par «ses» auteurs qu'il habite le plus aisément... même s'il travaille sans filets.

Une mère paloise

«Le traducteur est seul juge. Il met en oeuvre les mécanismes intellectuels de l'enquêteur. Je ne me substitue pas à l'auteur. Je le psychanalyse. On est obligés de retourner l'habit pour voir les coutures». Son expérience a valu à Olivier Desmond d'être recruté par l'Université de Paris comme tuteur du DESS de traduction littéraire, lors de la création du diplôme.

Héritier d'une éducation bourgeoise, élevé au sein d'une famille comptant des industriels et un armateur, il goûta tout jeune aux ressources de la bibliothèque paternelle au fonds hétéroclite.

L'aîné de quatre enfants éprouve de l'attachement pour sa Gironde natale, quittée «pour voir autre chose» et retrouvée après avoir longtemps vécu en région parisienne où Olivier Desmond possède un ancrage.

Invité d'honneur du Salon du Livre d'Oloron, il trouve une grâce à la perspective du bref retour en Béarn, objet d'une affection particulière. «Ma mère est née à Pau accidentellement. Enfant, je venais en vacances en vallée d'Ossau. J'ai même chassé l'isard. Entre 9 et 15 ans, mon grand-père, féru de voitures de course, m'emmenait au Grand Prix automobile de Pau. Les Pyrénées-Atlantiques sont un département magnifique !»

 

Ligne de vie

Libournais né le 27 juillet 1939, marié, deux enfants et cinq petits-enfants.

Etudes aux Beaux-Arts à Bordeaux, maîtrise de lettres à Aix-en-Provence.

Professeur de philosophie pendant 5 ans à Montréal.

Traducteur de 200 oeuvres anglo-saxonnes représentant une quarantaine d'auteurs dont 20 titres de Stephen King et 16 de Donna Leon.

Auteur, il a notamment écrit «L'Encombrant» (Seuil), «Bouillie bordelaise (Pleine Page), «Voyage à Bangor (Ed. Jose Corti) et «Icare à Babel» (JC Lattès).