6) Le potentiel de l'immigration pour l'éducation
En Europe, la proportion d'immigrés et de descendants d'immigrés représentent 17 % de la population avec de forts écarts selon les pays : 20 % en Espagne, 22 % en Allemagne, 24 % au Royaume Uni, 26 % en Suède et 27 % en France. Il s'agit de moyennes, ce qui veut dire que dans les grandes agglomérations les taux sont sensiblement plus élevés.
Cela veut dire autant de familles dans lesquelles la langue de la famille n'est pas nécessairement la langue de l'éducation. Les familles bilingues ne sont pas des familles marginales, elles représentent une grande partie des familles.
Devant cette diversité linguistique des familles, on pourrait s'attendre à une diversité de langues étrangères enseignées dans les écoles. Or, il n'en est rien. Partout en Europe, et particulièrement en France, le développement de l'enseignement précoce des langues vivantes dans les écoles, s'est effectué depuis dix ans au profit exclusif de l'anglais. C'est une situation paradoxale à la limite de l'absurde, car au cours d'une scolarité menant jusqu'au baccalauréat et à l'enseignement supérieur, et compte tenu de l'omniprésence de l'anglais dans la vie quotidienne, les enfants ont largement le temps d'apprendre l'anglais. Paradoxe d'autant plus fort que l'abaissement de l'âge à partir duquel les enfants apprennent l'anglais n'a nullement permis d'améliorer leur niveau en anglais. C'est même l'inverse qui est constaté, du moins en France, sur la période 2004-2010. L'abaissement du niveau en anglais, et d'ailleurs également dans les autres langues, mais de façon moins marquée, n'est certes pas une conséquence de l'enseignement précoce, mais en tout cas celui-ci est manifestement peu efficace, et les inconvénients de la polarisation sur l'anglais l'emportent très largement sur les avantages attendus, à savoir l'amélioration du niveau.
Il faudrait donc inverser le paradigme et développer préférentiellement une éducation plurilingue et interculturelle. C'est la seule manière d'utiliser la diversité linguistique et culturelle comme une richesse qui bénéficie à la société et à sa cohésion et favorise l'épanouissement personnel de chacun.
C'était le sujet de la table-ronde « Des langues de la famille aux langues de l'école » organisée à Expolangues 2014 et dont nous rendons compte par ailleurs dans cette Lettre.
L'exemple de la ville de New York (voir plus loin dans cet article) mérite également d'être médité.
7) Les études PISA
L'OEP se doit de tenir le cap et de rester fidèle à sa méthode. Aussi nous vous inviter à mettre en parallèle La Cour de Babel et les études PISA.
Les études PISA (acronyme pour « Program for International Student Assessment » en anglais, et pour « Programme international pour le suivi des acquis des élèves » en français), sont réalisées tous les trois ans depuis 2000 par l'OCDE et visent la mesure des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres de l'organisation.
Loin de nous l'idée d'en faire ici le résumé disponible en ligne (FR, EN, GER). Nous pouvons cependant en prendre un extrait particulièrement significatif par rapport à notre sujet :
« En moyenne, dans les pays de l’OCDE, 8 % des élèves sont très performants en compréhension de l’écrit (niveau 5 ou 6). Ces élèves sont capables d’aborder des textes dont la forme ou le fond ne leur sont pas familiers, et de soumettre des textes à des analyses nuancées. C’est à Shanghai (Chine) que le pourcentage d’élèves très performants – 25 % – est le plus élevé, tous pays et économies participants confondus. Le pourcentage d’élèves très performants en compréhension de l’écrit représente plus de 15 % à Hong-Kong (Chine), au Japon et à Singapour, et plus de 10 % en Australie, en Belgique, au Canada, en Finlande, en France, en Irlande, en Corée, au Liechtenstein, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, en Pologne et au Taipei chinois. »
En France (voir rapport spécifique FR, les études par pays étant accessibles par ce lien), la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus marquée que dans la plupart des autres pays de l’OCDE ; le niveau de performance en mathématiques y reste toutefois dans la moyenne des pays de l’OCDE...
Le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant et les inégalités sociales se sont surtout aggravées entre 2003 et 2006 (43 points en 2003 contre 55 en 2006 et 57 points en 2012). En France, lorsque l’on appartient à un milieu défavorisé, on a clairement aujourd’hui moins de chances de réussir qu’en 2003.
Les élèves issus de l’immigration sont au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté. La proportion d’élèves issus de l’immigration se situant sous le niveau 2 en mathématiques lors du cycle PISA 2012 ne dépasse pas 16 % en Australie et au Canada, mais atteint 43 % en France et globalement plus de 40 % uniquement en Autriche, en Finlande, en Italie, au Mexique, au Portugal, en Espagne et en Suède.
8) Un exemple à suivre : la ville de New York !
La presse s'est fait l'écho, à la suite du New York Times du 30 janvier 2014, de l'engouement des newyorkais pour les classes bilingues. En effet, la municipalité de New York à la demande des familles a prévu l'ouverture de sections bilingues dès que 10 familles en font la demande. L'effet a été rapide. Des sections espagnoles, chinoises, françaises, et dans d'autres langues, ont été ouvertes et ont fait rapidement le plein, attirant non seulement des enfants de familles étrangères ou d'origine étrangère mais aussi de familles américaines. Exemple que nous ferions bien de suivre en Europe plutôt que de chercher à gaver nos enfants d'anglais sans utilité ni résultat dès les premières classes du primaire, voire dès la maternelle. Pour en savoir plus :
L'OEP